À droite, MacKenzie Bezos. À gauche, son ex. | Dia Dipasupil / Getty Images North America / AFP
À droite, MacKenzie Bezos. À gauche, son ex. | Dia Dipasupil / Getty Images North America / AFP

18 milliards de dollars: MacKenzie Bezos va faire don de la moitié de sa fortune (mais ça ne changera rien)

La philanthropie des milliardaires: mieux que rien pour certain·es, symptôme d'un mal systémique pour d'autres.

Plus de 36 milliards de dollars [32,3 milliards d'euros]: c'est ce que l'accord de divorce entre MacKenzie et Jeff Bezos a laissé entre les mains de l'ex-épouse du patron d'Amazon suite à leur séparation.

De l'aveu même de la romancière, et plus encore selon quiconque peine à joindre les deux bouts dès le 8 du mois, cela représente beaucoup d'argent. «Une somme disproportionnée d'argent», a-t-elle reconnu.

En conséquence, MacKenzie Bezos a décidé de s'engager dans le Giving Pledge, une initiative lancée par Warren Buffet et Bill Gates et destinée à convaincre les milliardaires du monde entier de donner à des œuvres plus de la moitié de leur fortune, de leur vivant ou à leur mort.

«Mon approche de la philantropie continuera à être sensée, a-t-elle déclaré. Cela nécessitera du temps, des efforts et de l'attention. Mais je n'attendrai pas. Et je continuerai jusqu'à ce que le coffre soit vide.»

Charité mal ordonnée

L'initiative est bien entendu louable. Mieux vaut construire des écoles en Afrique sud-saharienne ou lutter contre la malaria que d'accumuler les Lamborghini dans un garage à Monaco –vu les sommes en question, les deux restent d'ailleurs tout à fait compatibles.

La décision de l'Américaine est également d'un joli petit uppercut à Jeff Bezos, l'homme le plus riche du monde qui, contrairement à beaucoup de ses camarades aux poches replètes, persiste à refuser d'engager sa fortune dans une telle aventure et reste très critiqué pour sa vision plutôt radine de la philanthropie.

Pas sonné, pas gêné non plus, Jeff Bezos n'a pas manqué de féliciter son ex-femme sur Twitter.

Faisant référence à la manière dont Amazon esquive les taxes fédérales, quelqu'un a immédiatement répondu: «Paie des impôts, Jeff.»

Comme le note Wired, l'échange résume parfaitement l'état des choses: cette forme de philantropie est moralement bonne pour les riches qui peuvent s'y adonner, mais elle est globalement très inefficace.

Les critiques quant au Giving Pledge sont nombreuses. Ces dons massifs peuvent soutenir des initiatives très utiles, mais elles ne changent absolument rien aux problèmes systémiques du monde, aux inégalités économiques abyssales et aux comportements parfois prédateurs et anti-sociaux de certaines des firmes dont ces fortunes sont originaires.

Dans L'Art de la fausse générosité, une enquête sur la Fondation Bill & Melinda Gates, Lionel Astruc explique que la structure «alimente davantage et consolide un système qui produit des inégalités». Dans The Givers, David Callahan note pour sa part que les dons vont fréquemment à des causes directement liées aux intérêts personnels ou financiers de mécènes aux desseins flous.

Parmi d'autres, Wired cite l'exemple de la fratrie Koch, qui a fait sa fortune dans l'or noir et dont les générosités très ciblées ont contribué à démanteler le système de transport public aux États-Unis.

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