Petit pirate deviendra grand (et s'abonnera sans doute à Netflix). | Markus Spiske via Unsplash
Petit pirate deviendra grand (et s'abonnera sans doute à Netflix). | Markus Spiske via Unsplash

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C'est, en milliards, le nombre de visites reçues par les sites de streaming ou de téléchargement illicites en 2018.

Netflix, Amazon Prime Video, Hulu, OCS ou Canal+ en France, Apple TV+ et Disney+ bientôt: les services de vidéo à la demande sur abonnement se multiplient comme des petits pains et dépensent des milliards pour produire des contenus originaux.

De quoi conquérir le monde? Presque. Car un gros village rebelle résiste encore et toujours à l'envahisseur, malgré les guerres que diverses institutions ou gouvernements lui mènent depuis des années: les sites de streaming ou de téléchargement gratuits et illicites ont accueilli quelque 190 milliards de visites en 2018, selon la société spécialisée MUSO, reprise par Wired.

Si ce chiffre est un peu plus faible qu'en 2017 (206 milliards de visites), cela n'en reste pas moins, pour tous les acteurs du secteur payant et licite, une belle épine dans le pied.

Gratuit, pratique et parfois indispensable

La culture du tout-gratuit n'est pas seule pointée du doigt pour expliquer cette résistance: selon Andy Chatterly de MUSO, ces sites continuent à attirer les foules parce qu'ils sont pratiques et de mieux en mieux designés, comme avait pu l'être en son temps le tout à fait illégal Popcorn Time, présenté un temps par Netflix comme son plus sérieux concurrent.

«Certains de ces sites proposent une meilleure expérience que les services payants», fait remarquer Chatterly, au point qu'ils arrivent désormais à fidéliser leur audience à leur «marque».

Autre explication, toujours selon Andy Chatterly: le laxisme de certains services payants tels Netflix ou Amazon Prime Video envers le partage d'identifiants de connexion semble normaliser l'accès à des contenus illicites chez une partie des utilisateurs et utilisatrices.

La «fatigue de l'abonnement», dont nous parlions récemment, est également mise sur la table: l'éclatement de l'offre et la multiplication des canaux comme des factures rend plus désirable un accès centralisé aux programmes.

Le phénomène est tel que l'analyste refuse presque de parler de piratage: «Nous devons arrêter de penser à ce public comme à ce que notre imagination nous présente classiquement comme des pirates, dit-il. La réalité est que ce sont des gens qui sont abonnés à plusieurs plateformes, qui ont accès à certaines chaînes de sport, mais qui n'ont pas d'autre choix que d'aller streamer quelque chose sur l'un de ces sites, parce que l'événement n'est pas disponible dans leur région ou parce qu'ils ne souhaitent pas souscrire à un abonnement supplémentaire.»

Il n'est donc pas impossible que ce «piratage» soit impossible à éradiquer, quels que soient les efforts. Une rationalisation des offres et une meilleure organisation technique, via une application centralisatrice comme Molotov par exemple, pourraient peut-être changer la donne, sans pour autant faire disparaître tout à fait le phénomène.

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