Devoir des intérêts à son employeur sur son prochain salaire, un cercle vicieux qui rappelle des temps censés être révolus. | The New York Public Library via Unsplash
Devoir des intérêts à son employeur sur son prochain salaire, un cercle vicieux qui rappelle des temps censés être révolus. | The New York Public Library via Unsplash

Walmart propose un prêt à 36% aux personnes qu'elle emploie, et Uber pourrait l'imiter

Le «payday loan» fragilise encore plus les personnes employées qui étaient déjà dépendantes de leurs employeurs.

L'article du Wall Street Journal est, sinon édifiant, du moins éclairant sur la position financière inconfortable dans laquelle se trouvent nombre de personnes salariées aux États-Unis –un fait qui vaut aussi pour ce côté-ci de l'Atlantique.

Le quotidien américain présente la solution utilisée entre autres par Walmart pour venir en aide, si l'on peut dire, aux personnes qu'elle emploie et qui traversent une mauvaise passe budgétaire, qui font face à des dépenses imprévues ou qui désirent s'offrir un petit plaisir.

Endettement programmé

Alors que leur compte bancaire frôle les limites autorisées et que leur credit score leur barre l'accès à l'emprunt classique, ces personnes dans le besoin peuvent demander une avance sur salaire à la firme. Cette dernière leur propose, contre une petite commission et via l'application tierce PayActive, de débloquer des fonds dont le remboursement s'étalera sur les prochaines paies.

Jusqu'ici, rien de révolutionnaire. Mis à part, peut-être, les taux appliqués: si pour chaque emprunt le coût peut sembler raisonnable, les taux proposés, lorsqu'ils sont annualisés, frôlent ou dépassent ce que la réglementation française qualifierait d'usure. Il est question de 6 à 36% d'intérêts.

Certains États, celui de New York notamment, enquêtent sur cette pratique qui pourrait contrevenir aux règles bancaires. Ils auront peut-être bientôt plus de matière encore pour ces scrutations de méthodes qualifiées de «prédatrices» par certains observateurs.

Le cynisme selon Uber

Début septembre, Vox-ReCode nous apprenait que Uber semblait songer à suivre cette même voie du «payday loan». Certains individus employés par l'entreprise pour assurer les courses ont été sondés via l'application sur les petits emprunts qu'ils avaient effectués dans un passé proche, ainsi que sur leur volonté éventuelle de requérir quelques centaines de dollars auprès de la plateforme si elle proposait l'offre.

Alors que la firme dépense des dizaines de millions de dollars pour s'opposer à un projet de loi californien qui pourrait faire dérailler son modèle en l'obligeant à salarier ses troupes, que la condition sociale et l'endettement mettent déjà ses employé·es dans une situation de forte dépendance et de stress quotidien, le (vague) projet sur lequel planche Uber est jugé particulièrement cynique.

«C'est de la p***ain de féodalité», a tweeté Lorena Gomez, membre de l'assemblée législative californienne et principale autrice du texte que Lyft et Uber considèrent, peut-être à raison, comme une menace existentielle.

Un chroniqueur de Forbes établit un parallèle avec les «company stores», les magasins patronaux dans lesquels les mineurs n'avaient d'autre choix que de dépenser l'intégralité de leurs maigres revenus.

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