Dara Khosrowshahi et quelques collègues lors de la «cloche d'ouverture» à Wall Street, le 10 mai. Les sourires étaient sans doute plus crispés à la fin de la journée. | Spencer Platt / Getty Images North America / AFP

Dara Khosrowshahi et quelques collègues lors de la «cloche d'ouverture» à Wall Street, le 10 mai. Les sourires étaient sans doute plus crispés à la fin de la journée. | Spencer Platt / Getty Images North America / AFP

Moins 17% en deux jours: pourquoi l'entrée en Bourse de Uber est un flop

Très attendue, l'arrivée de la plateforme sur les marchés boursiers a mis au jour les doutes des financiers sur sa formule très incertaine.

C'est l'une des licornes les plus obèses. Uber se préparait depuis des mois à un accueil héroïque dans le NASDAQ, clamant à qui veut bien l'entendre que l'entreprise est «la nouvelle Amazon» –une promesse de richesses infinies s'il en est. Le board avait annoncé un bonus de 100 millions de dollars (près de 89 millions d'euros) pour son patron Dara Khosrowshahi si la compagnie atteignait une capitalisation boursière de 120 milliards de dollars lors de son entrée en bourse, vendredi 10 mai.

Patatras: l'arrivée en fanfare d'Uber sur les marchés boursiers a plutôt fait couac et les choses ne se sont pas déroulées comme prévu. La veille, les institutionnels achetaient des actions pour 45 dollars. Avant même que se termine la première minute du cours, l'action se situait sous sa valeur initiale, pour finir la journée à 41,57 dollars, en baisse de 7,6%. Le lundi suivant, la dégringolade accélérait: après une abyssale dégringolade de près de 11%, l'action terminait à 37,1 dollars.

Loin des 120 milliards rêvés, Uber finissait ses deux premières journées de cotation avec une capitalisation boursière de 62 milliards de dollars environ. Après 10 ans d'existence seulement, le chiffre est certes phénoménal –Ford, entreprise vénérable et rentable, ne vaut «que» 41 milliards de dollards. Reste que la valeur de l'entreprise avait déjà perdu 14 milliards en 48 heures sur les marchés boursiers: un signe qui ne présage pas des lendemains qui chantent.

Promesses ou Ponzi?

On peut bien sûr parler des nombreux facteurs «extérieurs» ayant mené à ce dévissage initial –la guerre commerciale sino-américaine et les déclarations de M. Trump plombent sérieusement la bourse américaine, une grève de ses chauffeurs avait soulevé un débat public sur les manquements moraux et sociaux de la firme, etc.

Mais on peut également voir dans cette entrée en bourse manquée et dans ce désamour relatif des marchés les signes que le modèle économique d'Uber n'est fondamentalement pas digne de confiance.

Gestionnaire d'un portefeuille de 700 millions de dollars, une paille, Dan Morgan explique à Business Insider n'avoir «jamais vu ça». Il explique que les personnes qui investissent ont quelques réticences, logiques, à placer le précieux argent de leurs client·es dans des entreprises annonçant trimestre après trimestre des résultats négatifs.

Il fait notamment référence à Lyft, concurrent d'Uber dont l'entrée en bourse a également fortement déçu, et qui a annoncé un trou de 1,1 milliard de dollars pour le seul premier trimestre 2019, et un «pic de pertes» pour l'année. Rappelons qu'Uber comme Lyft ont expliqué, dans la documentation officielle pré-introduction boursière, ne pas savoir quand les comptes seront dans le vert –ni si ils le seront un jour.

Morgan note en outre que l'entreprise souffre d'un mal très commun à de nombreuses start-ups et licornes: dans sa course folle à la croissance et à la domination totale, elle brûle du cash à une vitesse déraisonnable. Sa dette à long terme est, note-t-il, passée de 1,42 milliard de dollars en 2015 à 6,86 milliards de dollars trois ans plus tard. Uber a levé 8,1 milliards de dollars lors de son introduction en bourse: au rythme où elle dépense, cela risque de se révéler rapidement insuffisant.

Seul le temps permettra de juger si cette entrée en bourse plus fracassée que fracassante n'est qu'un épiphénomène ou si elle pointe clairement les limites d'un système que d'aucuns n'hésitent pas à qualifier de pyramide de Ponzi.

Malgré leurs réticences, les analystes ont encore en tête les performances médiocres de Facebook lors de ses premiers mois en bourse: elle est désormais, du poinrt de vue de sa capitalisation boursière, la troisième plus grosse entreprise au monde.

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