Dans un long et passionnant article, le site Vox revient sur l'édifiant scandale qui commence à prendre forme autour des crashes des 737 MAX de Boeing qui ont fait au total 346 victimes.
La production de ces moyens-courriers très demandés ont mis l'avionneur face à une série de difficultés et de déconvenues: retard technique par rapport à son principal concurrent Airbus, menaces de gros clients comme American Airlines de s'équiper chez le concurrent européen, décisions d'ingénérie précipitées et contestables, obligation d'installer un «correctif» logiciel (le fameux MCAS) pour faire voler correctement un aéroplane aux caractéristiques aérodynamiques bouleversées, délégation de tests et de certifications par l'autorité fédérale en charge de surveiller l'ensemble –la FAA–, défaut de formation des pilotes sur ces nouvelles spécificités et sur la présence ou le fonctionnement du MCAS: dès la naissance du projet, Boeing a pris des décisions en chaîne en faisant des choix malheureux, sinon criminels, dont on connaît désormais l'issue fatale.
La survie en option
L'article de Vox continue en relevant un fait encore plus édifiant: un voyant d'alerte, qui aurait pu signaler un dysfonctionnement du MCAS aux pilotes des deux avions, donc éventuellement leur permettre de comprendre la situation et de reprendre la main, était initialement proposé pour 80.000 dollars (environ 71.000 euros) aux acquéreurs du 737 MAX –un appareil dont le prix avoisine les 120 millions de dollars (106 millions d'euros). Ledit voyant était absent des cockpits de ceux d'Ethiopian Airlines comme de celui de Lion Air, qui se sont crashés.
En plus des modifications logicielles promises, Boeing a annoncé rendre cette petite lampe obligatoire sur tous ses 737 MAX déjà en circulation ou en production. Mais ce qui se profile, révélation après révélation, est une catastrophe à la fois humaine, politique et industrielle: il sera sans doute très difficile pour Boeing de se remettre d'un tel scandale, quelles que soient les décisions futures de l'avionneur.
Fin mars, la Chine a signé un «méga-contrat» avec Airbus pour 290 A320: si les négociations étaient bien sûr en cours avant le crash des deux appareils de Boeing, ce dernier risque de faire réfléchir, à l'avenir, nombre d'acheteurs potentiels.