Une crémation à Meißen, dans l'est de l'Allemagne, le 13 janvier 2021. | Jens Schlueter / AFP
Une crémation à Meißen, dans l'est de l'Allemagne, le 13 janvier 2021. | Jens Schlueter / AFP

En Allemagne, les crématoriums aussi se préparent à la coupure du gaz russe

Il faut penser à tout, même à l'impensable.

Il y a quelques jours, Bloomberg consacrait un long article à la préparation en urgence de l'Allemagne à un hiver qui, en pleine guerre de l'énergie avec la Russie, pourrait s'avérer plus que compliqué. Le média, qui souligne par ailleurs que la situation française n'était meilleure qu'en apparence, est catégorique: Berlin a trois mois pour mettre ses mesures en place.

Comme le note Bloomberg, l'Allemagne, ses instances dirigeantes, ses villes et ses entreprises sont, au cœur de l'été, en train de réfléchir au rationnement qui s'imposera sûrement quand le froid reviendra. Car le pays, énergivore, dépend plus que tout autre en Europe des gazoducs de Vladimir Poutine.

Si la crainte, par exemple, d'une pénurie de bière s'est faite jour dans le pays, d'autres secteurs plus indispensables à la vie d'une nation sont à surveiller de près. Parmi eux, celui de la crémation: comme le rapporte l'agence de presse Reuters, les morts sont eux aussi de gros consommateurs de gaz russe et la filière doit donc se préparer au pire.

La crémation est très courante en Allemagne, en particulier à l'est: selon les chiffres de Reuters, trois-quarts des personnes mourant chaque année dans le pays choisissent d'être incinérées. C'est bien plus qu'en France (39% des obsèques en 2018), où la pratique est pourtant en constante augmentation.

Selon Svend-Joerk Sobolewski, patron du syndicat du secteur, la crémation doit donc passer en priorité en cas de rationnement du gaz dans le pays: on peut couper le gaz, mais «on ne peut pas arrêter la mort».

Sur le long terme, est-il expliqué, la solution serait probablement de passer par une conversion de cette pratique à l'électricité –en attendant la fin du long processus vers les énergies renouvelables, celle produite en Allemagne est encore particulièrement carbonée.

Thermostat 15

En attendant, le gaz reste l'énergie la plus utilisée par les fours crématoires. Patron d'un syndicat du funéraire, Stephan Neuser explique à Reuters qu'une des solutions possibles dans l'immédiat consisterait à baisser leur température lors de l'incinération: en passant de 850°C à 750°C, on économiserait 10% à 20% de gaz. Mais la mesure nécessite une adaptation de la réglementation et un permis spécial.

L'agence de presse explique également que les crématoriums éteignent certains de leurs fours, afin d'utiliser les autres en permanence, ce qui permet de les conserver chauds et nécessite donc moins de gaz.

«En cas de coupure du gaz, nous serions capables de continuer à faire fonctionner les unités qui sont chaudes... Cela signifie que nous pourrions ensuite continuer à travailler à puissance réduite», précise Karl-Heinz Koensgen, chef d'un crématorium à Dachsenhausen (Rhénanie-Palatinat).

Selon Svend-Joerk Sobolewski, la méthode pourrait permettre de faire baisser la consommation de gaz des crématoriums concernés de 80%. Reste que tous n'ont pas une demande suffisante pour fonctionner sur ce modèle.

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