Toujours plus vite sur l'autoroute du monopole. | Elijah Nouvelage / Getty Images / AFP
Toujours plus vite sur l'autoroute du monopole. | Elijah Nouvelage / Getty Images / AFP

Amazon exige que ses partenaires lui vendent une part d'eux-mêmes

Une stratégie pour le moins diabolique.

Pour chaque bien vendu sur sa plateforme, Amazon empoche des frais de mise en vente et une plantureuse commission pouvant atteindre 15,45% du prix du produit. Sans compter bien sûr les frais d'expédition et tous les à-côtés (frais de stockage, publicité, frais spéciaux «gros volumes», frais administratifs…)

Mais dernièrement, Amazon a trouvé une nouvelle astuce pour s'accaparer une partie des bénéfices de ses vendeurs: l'entreprise exige que ces derniers lui cèdent des «warrants», c'est-à-dire un droit d'acquérir des titres de la société à un prix potentiellement très avantageux.

Amazon aurait conclu ce type d'accord avec au moins une douzaine de sociétés cotées et soixante-quinze entreprises privées au cours de la dernière décennie, selon le Wall Street Journal. En tout, ces participations directes ou indirectes s'élèveraient à 8,4 milliards de dollars (7 milliards d'euros), soit une multiplication par dix en trois ans, selon le journal. Dans certains cas, Amazon serait même devenu le premier actionnaire de la société.

Vendre son âme (et ses profits)

La plupart des sociétés témoignent avoir subi un véritable chantage de la part du «everything store». Lors de son dernier contrat passé avec le géant du commerce SpartanNash, le distributeur de produits d'épicerie s'est vu rajouter une condition inédite: l'obtention de 15% des actions à prix cassé en échange d'un contrat d'achat sur sept ans.

Amazon a également exigé d'être informée de toute offre de rachat sur SpartanNash et d'avoir une fenêtre de dix jours pour émettre une contre-offre. «Personne ne nous avait demandé de telles conditions auparavant», s'étranglent les dirigeants de l'entreprise. Mais Amazon représentant une part importante de leurs ventes, ils n'ont pas vraiment eu le choix.

Pour Amazon, il s'agit simplement de récupérer une partie des bénéfices dont ses clients profitent grâce à elle. L'entreprise a ainsi réclamé des prises de participations au rabais dans plusieurs compagnies de transport de fret, arguant qu'elles devaient une bonne part de leur chiffre d'affaires aux ventes réalisées sur sa plateforme.

Il faut pourtant croire qu'Amazon ne croit pas elle-même en la légitimité de ces accords, car plusieurs anciens dirigeants ont déclaré au Wall Street Journal qu'ils évitaient de mettre par écrit tout ultimatum imposé aux partenaires, «ce qui aurait donné du grain à moudre aux accusations d'abus de pouvoir».

L'abus de pouvoir, c'est pourtant une habitude bien connue chez Amazon, qui demande à ses fournisseurs de lui donner gratuitement leurs données clients, pompe leur savoir-faire technologique grâce à son fonds d'investissement, empêche des fabricants de faire de la publicité pour des produits qu'elle distribue ou lance carrément des produits concurrents lorsqu'elle repère des articles à succès, quitte à les vendre à perte dans un premier temps afin d'étouffer le fournisseur original.

Mais comme ces pratiques ont fini par attirer l'attention des organismes de régulation, Amazon doit se montrer à chaque fois plus inventive pour capter le business de ses vendeurs.

En ce moment

Bloomberg révèle les chiffres secrets et fous de «Squid Game»

Biz

Bloomberg révèle les chiffres secrets et fous de «Squid Game»

Le site a eu accès à de rares chiffres internes sur le phénomène, un hit à 900 millions de dollars pour Netflix.

L'incroyable histoire d'Oxcart, l'avion le plus rapide jamais conçu

Tech

L'incroyable histoire d'Oxcart, l'avion le plus rapide jamais conçu

Le Lockheed A-12 n'a été utilisé que par la CIA durant la Guerre froide.

L'entourloupe de la «shrinkflation», menace sur l'éolien, la surprise hypersonique chinoise, une journée sur korii.

Et Cætera

L'entourloupe de la «shrinkflation», menace sur l'éolien, la surprise hypersonique chinoise, une journée sur korii.

Quatre articles pour jeter un autre regard sur le monde.