Un homme du passé qui dessine le monde du futur. | Mandel Ngan / AFP
Un homme du passé qui dessine le monde du futur. | Mandel Ngan / AFP

Jeff Bezos croit dur comme fer que ses employés sont des fainéants

Ceci explique sans doute cela.

Les couverts à salade, la brosse à dents électrique, le lot de huit déodorants ou la voiture télécommandée qu'Amazon vous livrera en vingt-quatre heures (et parfois moins) ont aussi un coût humain: dans les gigantesques entrepôts qui font la force logistique de la plateforme, tout se fait au prix de conditions de travail maintes fois décrites comme extrêmement difficiles, kafkaïennes, dangereuses, dignes d'un XIXe siècle qui se rappellerait à notre mauvais souvenir.

Selon une longue enquête du New York Times, reprise par Business Insider, cette mécanique certes bien huilée et hautement profitable mais humainement destructrice ne trouverait pas seulement sa source dans la pure nécessité économique et productiviste.

Sans pitié pour des employés dont elle trace implacablement les moindres mouvements (pause pipi incluse), le système mis en place par la firme découlerait également de la croyance intime de Jeff Bezos en la fainéantise consubstantielle à l'être humain.

C'est ce qu'explique au quotidien new-yorkais David Niekerk. L'Américain connaît son sujet: avant de quitter l'«everything store» après plus de seize ans de loyaux services, il a participé à la conception de l'architecture physique et logicielle quasi carcérale de ses entrepôts géants.

«Marche vers la médiocrité»

Selon Niekerk, dont les révélations sont sans pitié, Bezos croit ainsi fermement que les salariés s'engagent progressivement dans une «marche vers la médiocrité». «Il pouvait par exemple dire que la nature humaine est de dépenser le moins d'énergie possible pour obtenir ce que l'on veut», rapporte ainsi crûment l'Américain.

L'un des risques que redoutait –ou fantasmait– particulièrement Bezos était celui d'une masse laborieuse s'enfonçant dans cette économie de moyens et l'insatisfaction.

Selon le New York Times, c'est la raison pour laquelle la firme organise ses ressources humaines autour du court-terme, n'offre volontairement que peu de perspectives d'évolution interne aux personnes occupant le bas de l'échelle, voire les incite financièrement à aller voir aussi rapidement que possible si l'herbe n'est pas plus verte ailleurs.

Les salariés sont ainsi traités comme des robots dispensables –quand les vraies machines, elles, progressent à grands pas. Leur productivité est tracée minute par minute et geste après geste par le système informatique de la plateforme, et la moindre journée de méforme peut être sanctionnée sans même qu'un superviseur humain n'ait à intervenir.

Dans sa guerre contre cette «marche vers la médiocrité», telle que définie par Bezos, la firme essore tant les personnes qu'elle emploie que certains cadres de l'entreprise craignent qu'elle ne finisse pas assécher tout à fait le réservoir de cette main-d'œuvre corvéable à merci.

Avant de quitter la tête d'Amazon pour aller chatouiller ses rêves d'apesanteur, un Bezos grand seigneur –au sens presque féodal du terme– a annoncé qu'Amazon se lançait dans un plan massif pour améliorer les conditions de travail au sein de ses entrepôts.

Celui-ci vise notamment à traiter une autre de ses obsessions: les très nombreuses blessures musculo-squelettiques qui, bien plus qu'ailleurs, frappent les hommes et les femmes qui fourmillent dans les warehouses colossaux de la plateforme.

Avec un cynisme notable, l'entreprise a déjà annoncé l'installation d'AmaZen, une mini-cabine de méditation supposée aider les travailleurs à gérer leur mal-être. Il ne faudrait certes pas casser ses jouets trop vite: dans un marché du travail particulièrement tendu aux États-Unis, ils peuvent encore servir.

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