Presser les commerces tiers jusqu'au dernier cent: c'est ainsi qu'Amazon bâtit sa domination. | Christian Koepke via Unsplash
Presser les commerces tiers jusqu'au dernier cent: c'est ainsi qu'Amazon bâtit sa domination. | Christian Koepke via Unsplash

Comment Amazon pressure ses vendeurs jusqu'à l'asphyxie

La plateforme entend ainsi garantir ses prix bas et ses marges confortables.

On pourrait étaler, à l'infini, les chiffres clés de l'empire Amazon. Cent millions d'abonné·es à Prime, plus de 5 milliards de livraisons annuelles, 117 milliards de chiffre d'affaires... Depuis sa création en 1994 à nos jours, l'ancienne petite librairie en ligne de Seattle a parcouru un long chemin et s'est transformée en mastodonte indispensable de l'e-commerce.

Mais pour faire et entretenir son succès, Amazon marche sur beaucoup de monde, notamment les commerces présents sur sa place de marché, pris entre deux forces contraires. D'une part, la quasi-obligation de mettre leur produit sur la plateforme pour réussir à atteindre les plus de 150 millions de consommateurs et consommatrices qui font leurs achats sur le site. D'autre part, la façon dont la firme de Jeff Bezos les pressurise pour proposer leurs produits au prix le moins cher possible –et dicte de cette façon sa loi, sans vergogne, comme peuvent le faire les grandes chaînes de supermarchés.

Le New York Times a ainsi mené soixante entretiens avec des employé·es présent·es et passé·es d'Amazon, des vendeurs et fournisseurs qui ont détaillé, souvent sous couvert d'anonymat, la manière dont le géant profite de sa domination absolue sur le marché.

Ponction et pression

Ainsi, le quotidien américain raconte qu'Amazon collecte 27% de chaque dollar dépensé par les personnes qui achètent sur la plateforme. Une ponction qui a quasiment doublé en cinq ans et un chiffre qui n'inclut pas la publicité achetée par les commerçant·es sur le site pour se mettre en avant –«un business à lui seul aussi lucratif que Nike», souligne une source qui travaille au sein de Wall Street au New York Times.

Un pourcentage trop important pour beaucoup de revendeurs. Le New York Times prend l'exemple du maroquinier Tumi. Mécontent des pratiques d'Amazon en matière financière, de gestion des stocks et de partage des données, Tumi s'est tourné vers un intermédiaire, chargé ensuite de payer le placement des produits sur le site.

Le maroquinier a ainsi récupéré un meilleur contrôle sur ses inventaires et son chiffre d'affaires durant l'année 2018. Mais quelques mois après l'arrangement, un coup de fil est venu de la firme de Seattle et l'idée s'est écroulée: cessez de vendre via l'intermédiaire ou dites adieu à vos activités sur Amazon, leur a-t-on asséné en substance. Suivie de près par IKEA, Nike a fait son choix: l'entreprise a annoncé en novembre quitter Amazon, pour tisser des liens plus directs avec ses fans et protéger sa marque.

Grâce à ses entrepôts, où sont notamment stockés les objets éligibles au service Prime, Amazon a également pris le contrôle des stocks et de la livraison des commerces tiers. Ces derniers doivent par ailleurs payer un ensemble de taxes d'opération et d'entreposage pour les objets qu'ils vendent. Des frais que la plateforme est libre de modifier à l'envi, tant elle a su créer et entretenir la dépendance des revendeurs qu'elle accueille.

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