Un papa, une maman, une appli, un bébé. | Amy Humphries via Unsplash
Un papa, une maman, une appli, un bébé. | Amy Humphries via Unsplash

Les applis de grossesse ne s'adressent pas qu'aux futures mamans

Suivre l'évolution du fœtus sur une application est bénéfique à la cellule familiale.

Élodie, journaliste de 31 ans, a «tendance à chercher des applis sur tous les sujets qui [l]'intéressent». Forcément, dès qu'elle est tombée enceinte, elle a tapé «grossesse» sur l'App Store et téléchargé de suite Neomama et Grossesse +.

L'objectif: obtenir «une sorte de guide de grossesse bien-être et santé», ainsi qu'«un suivi de l'évolution de l'embryon puis du fœtus». Une sorte d'extension 2.0 de sa grossesse, un espace à soi lui permettant, notamment grâce à des infos présentées de manière ludique, de calmer les angoisses naturelles qui peuvent apparaître lors de ce moment de changement non seulement physiologique mais aussi identitaire.

«Sachant que je n'étais pas préparée du tout à la grossesse, j'ai aimé le fait que tous les jours j'apprenne quelque chose de nouveau, une info pratique», ajoute la jeune maman d'Elio, 5 mois. C'est bien l'argument-phare de ces applis. «Avec Neomama, vous vivez votre grossesse sous un angle nouveau avec des informations chaque jour inédites pour rendre votre grossesse agréable, joyeuse et inoubliable», peut-on par exemple lire sur l'App Store.

Un discours qui semble, de base, ne serait-ce que par l'usage du terme possessif «votre» pour parler de la grossesse, exclure le futur papa. «C'était quelque chose de très personnel, je ne pense pas en avoir parlé avec mon conjoint», détaille d'ailleurs Élodie. Pourtant, ces applis ne sont pas seulement adoptées par les femmes et peuvent même renforcer les liens conjugaux et familiaux.

Contenus stéréotypés

Il est vrai qu'au premier abord, il peut sembler difficile de percevoir la place que peut occuper le coparent. Après avoir rentré les dates des règles comme celles des rapports sexuels pour évaluer ses périodes de fertilité et la probabilité de tomber enceintes, les femmes qui y sont parvenues peuvent y renseigner leur prise de poids ainsi que l'évolution du tour de ventre.

«Ces applications s'inscrivent vraiment dans le “quantified self”», pointe la sociologue Laurence Charton, spécialiste des comportements contraceptifs et reproductifs ainsi que de l'influence des médias sociaux sur les familles, et qui mène actuellement une recherche sur les applications de grossesse.

Ces données quantitatives viennent donner la mesure et ainsi redéfinir les contours de l'identité («enceinte de X semaines et X jours, avec une prise de poids de X kg et un tour de ventre de X cm…»), sans que cela soit forcément conscient.

«Toute l'identité visuelle renforce les stéréotypes de genre. C'est du rose, des petites fleurs, des choses très stéréotypées…»
Laurence Charton, sociologue

L'application devient alors une sorte de «prolongement psychique» de la femme enceinte, «qui va se constituer comme un réceptacle d'une part de la vie émotionnelle mais aussi des représentations imaginaires de la mère sur sa grossesse et son bébé ou e-baby», indique la psychologue clinicienne Angélique Gozlan, qui a travaillé sur les impacts psychiques des espaces virtuels.

Sans compter que, par le biais de ces applications, «la femme est largement rattachée à sa condition biologique. Il y a un aspect naturalisant», poursuit Laurence Charton. Lequel induit un discours implicite: «C'est sa grossesse, c'est donc son histoire.»

Un message genré renforcé par le design même de ces applis. «Toute l'identité visuelle renforce les stéréotypes de genre. C'est du rose, des petites fleurs, des choses très stéréotypées…» Certes, il y a (un peu) de contenu à destination des hommes. «Bien-être, pour le papa, couple, ligne, grossesse gémellaire, alimentation, astuces, allaitement, activités enceinte, médecines douces, sport, exercices, relaxation, astuces...» liste Neomama.

L'information pour les hommes est davantage du contenu “gamifié”. On trouve aussi des conseils de bricolage.
Laurence Charton, sociologue

«Il y avait aussi une petite explication et un message pour les papas. Je lui lisais. Et quand il ne m'écoutait pas, je l'engueulais!» plaisante Célia, 31 ans, éducatrice spécialisée à domicile et maman d'Ambre, bientôt 1 an et demi.

Mais ce discours à destination des hommes peut lui aussi être cliché. «L'information pour les hommes est davantage du contenu “gamifié”. On trouve aussi des conseils de bricolage», relève la sociologue. De quoi affermir l'idée que le conjoint est là pour aider la femme enceinte, la soutenir.

«Il y a toujours cette idée-là que l'homme est le protecteur», synthétise Laurence Charton. Grossesse + offre ainsi du contenu personnalisé «pour les papas, grands-parents et autres membres de la famille», comme si les indications sur les changements corporels vécus par les femmes enceintes ne pouvaient intéresser qu'elles, comme si les expériences –certes différentes– des deux parents devaient rester distinctes et ne pouvaient se partager.

Cellule familiale

Le risque est donc que ces applications viennent consolider et amplifier l'investissement asymétrique des deux parents dans la grossesse. C'est loin d'être une fatalité. «Tout dépend de comment on introduit le père et comment il va investir ces applications, glisse Angélique Gozlan. C'est cela qui va éviter de faire tomber la relation mère-enfant dans l'omnipotence et la toute-puissance avec le bébé.»

Ces applications mobiles de grossesse peuvent en effet être l'occasion de rapprocher les parents par un suivi commun de l'évolution du fœtus, davantage qu'en assistant conjointement, et de manière plus espacée, aux rendez-vous médicaux.

À l'heure où il existe un éclatement géographique des familles, ces applis peuvent vraiment avoir une fonction bénéfique, elles viennent mettre du liant entre les membres de la famille plus large.
Angélique Gozlan, psychologue

Ainsi, toutes les semaines ou deux, Rémy, dentiste de 31 ans et papa de Noé, 2 ans et demi, aime bien prendre un moment avec sa femme, enceinte du deuxième, et s'exclamer: «Regarde, cette semaine, elle fait tel poids, elle a la taille d'une part de cheesecake.» Car l'appli est sur son smartphone: «C'est moi qui ai téléchargé Grossesse +. On se posait, ma femme me disait: “Dis-moi.”»

Il est d'ailleurs possible, tant pour Neomama que Grossesse +, de partager l'appli sur plusieurs téléphones: «Jusqu'à six membres de la famille peuvent utiliser cette app lorsque le partage familial est activé.»

Pour la psychologue Angélique Gozlan, «c'est vraiment quelque chose de la cellule familiale qui se reforme. À l'heure où il existe un éclatement géographique des familles, ces applis peuvent vraiment avoir une fonction bénéfique, elles viennent mettre du liant entre les membres de la famille plus large.»

À ceci près qu'il ne faut pas que le suivi de l'évolution du fœtus sur l'application partagée vienne remplacer toute discussion. «Le risque est d'être subjugué par l'appli, d'être dans la fascination, de ne presque plus pouvoir penser par soi-même et du coup de ne plus communiquer», alerte Angélique Gozlan. «L'appli ne doit pas pallier, par l'externalisation du savoir, la communication au sein du couple.» Mais être un appui dans cette aventure.

«Rappeler le ciment du couple»

Ce fut le cas de Rémy: pour lui, Grossesse + n'a pas du tout court-circuité la relation conjugale et parentale en devenir; cette appli a été «un objet de rassemblement».

Qui plus est parce que la grossesse de sa femme a été difficile: elle a fait du diabète gestationnel, eu des nausées, une sciatique, au point que Rémy dort sur le canapé –et pas parce qu'ils ne s'entendent plus. «Entre moi et mes réveils quatre ou cinq fois par nuit, mes ronflements par période, ses réveils dus à son inconfort et la sciatique, ça fait quasi un mois que je dors dans le salon. C'est pour notre survie. Il faut qu'on dorme.»

L'appli a alors été, pour lui, une façon de «rappeler le ciment du couple»: «Ça te rajoute une petite complicité autour de ce qui est en train de se passer pour notre futur. Ça aide le père à avoir un lien avec la grossesse en cours. Là, je lis que le bébé peut entendre des sons et je vais lui parler.»

Preuve que la consultation de l'appli peut, malgré un contenu de base stéréotypé et genré, aider à inclure le papa et bénéficier aux deux personnes en les aidant à faire la découverte mutuelle de cette transformation identitaire: «C'est une connexion à trois, entre les deux parents et le futur bébé. Ça t'aide à te dire qu'il commence à y avoir un lien dans la tripartite. Ça recrée le lien de famille.»

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