Petit cochon de porcelaine deviendra grand. | Pexels
Petit cochon de porcelaine deviendra grand. | Pexels

La fintech, l'épargne et les jeunes: les bons comptes font les bonnes applis

Alors que près de 40% de la population française termine le mois en négatif, les jeunes inventent des manières de gérer leurs économies.

Sqirl, Nalo, Bruno, Lydia, Nestor, Yomoni: ce n’est pas la nouvelle classe de votre nièce, mais la promo 2019 des start-ups sur les bancs de la banque. Qui a dit que la fintech, mariage de la technologie avec l’activité financière, était ennuyeuse?

Youngs better have my money

Aux États-Unis, la jeune pousse ANNA (dont le nom signifie «Absolutely No-Nonsense Admin») fait même miauler les cartes bancaires. Cela signifie-t-il pour autant que le secteur bancaire serait devenue bankable? En tout cas, les récents entrants sur le marché promettent de réinventer notre gestion de l’argent. Et les solutions ne manquent pas.

La fintech, définition disruptive par Guillaume Meurice

BNP Paribas, Crédit agricole, Crédit mutuel, Caisse d’épargne, Banque populaire, Société générale, BPCE et La Poste: hier en France, les options étaient relativement limitées pour choisir sa tirelire. Dans la majorité des cas, on ouvrait un compte ou deux dans le groupe choisi par la famille, on y mettait ses économies et basta.

De temps à autre, on allait fouler la moquette de notre bonne vieille agence, on poireautait docilement dans ses fauteuils molletonnés et on essayait d’écourter un maximum les discussions avec notre conseiller ou notre conseillère, crispé à l’idée de se faire duper, d'une manière ou d'une autre.

Les jeunes sont loin de dépenser sans compter ou sans penser à leur avenir
Florent Robert, patron de la start-up Bruno

Le paysage est aujourd'hui plus dense. Les acteurs se sont multipliés et des banques en ligne et mobiles ont vu le jour. Mais, surtout, de nouvelles spécialités sont apparues: agrégateurs de comptes, solutions de micro-épargne et cartes partagées bousculent nos vieilles habitudes et nous invitent à enfin nous saisir de la gestion quotidienne de nos économies.

Nos économies… Mais quelles économies? Malgré la sensation globale de baisse du pouvoir d’achat, une récente étude de la start-up Bruno montre que les jeunes aussi sont portés sur les questions d’épargne: les 60.000 utilisateurs et utilisatrices de leur solution de micro-épargne ont entre 18 et 40 ans. «Les jeunes sont loin de dépenser sans compter ou sans penser à leur avenir», explique son CEO Florent Robert.

La preuve, les adeptes de leur solution de micro-épargne se fixent un objectif mensuel médian à 172 euros, et économisent en moyenne 120 euros par mois. Au total, 2 millions d’euros ont été économisés sur Bruno depuis son lancement en septembre 2017. Ça palpe chez les juniors!

Ce constat, un sondage Ifop réalisé en 2017 l’avait déjà fait: 78% des jeunes actifs et actives consultées déclaraient mettre mensuellement de l’argent de côté, soit un taux deux fois plus élevé que la moyenne nationale.

La ruée vers l'app

Seulement voilà, les jeunes «aspirent à économiser pour réaliser leurs projets, mais plébiscitent un service adapté à leurs besoins», indique Florent Robert. Les nouvelles banques en ligne? Pas forcément: dans le Monopoly de l’épargne, en ligne ou en dur, les établissements classiques ne semblent pas vraiment passer par la case départ, et encore moins encaisser 20.000 francs.

Une étude CGI/SAB réalisée début 2019 par Next Content et partagée par L’Usine digitale résume ainsi la situation: «Les Français ont de fortes attentes sur les services bancaires numériques mais peinent à adopter significativement les banques en ligne. [...] Parmi les Français connectés, seuls 6% ont choisi une banque en ligne comme banque principale».

À l’inverse, les usages liés au smartphone progressent en flèche, preuve que l’argent de poche se gère… depuis sa poche. Chez les moins de 35 ans, 21% des clientes et clients intéressés par la banque en ligne déclarent ainsi consulter exclusivement leur smartphone pour gérer leur fraîche. Elles et ils sont également 82% à avoir téléchargé l’application de leur banque principale, contre 59% chez les plus de 35 ans.

Mais c’est bien du côté des start-ups que la fintech transforme ses ronds en or: en 2018, une étude d’Exton Consulting dénombrait déjà plus de 500 entreprises spécialisées sur ce secteur, dont un tiers avait vu le jour dans l’année. Positionnés sur des niches de marché restées dans l’angle mort des acteurs traditionnels, ces nouveaux acteurs réinventent l’expérience client du secteur à grand renfort de technologie.

Bankin' et les manières de gérer son argent

En prenant un peu de recul, force est de constater que nombre de ces nouveaux services sont loin d’être révolutionnaires. Quand il a levé des millions, l’agrégateur de comptes Bankin' ne proposait finalement que de suivre l’évolution de ses dépenses au moyen de graphiques clairs. Quand elle a suscité l’engouement chez des millions de personnes, la start-up Lydia ne faisait que faciliter les remboursements entre amis. Partout, c’est l’expérience utilisateur et la compréhension des besoins qui pèsent.

Côté épargne à proprement parler, la donne est un peu différente car elle implique une dimension prédictive résolument nouvelle. Plus qu’un angle mort, c’est un pan encore non exploré du secteur bancaire grand public qu’elle vient combler.

Si certaines entreprises comme Yeeld se contentent d’épargner l’arrondi à l’euro supérieur pour chaque dépense effectuée, Bruno, à l’instar de son homologue anglais Plum, pousse le raisonnement plus loin en confiant à un algorithme le soin de définir les montants à mettre de côté et les moments auxquels épargner.

Panorama de la fintech française | France Fintech et BlackFin Tech

D’autres acteurs français comme Cashbee, Yomoni, Nalo, Grisbee, Mieuxplacer, Marie Quantier ou FundShop vont plus loin en proposant de rechercher à la place de ses utilisateurs et de ses utilisatrices les meilleurs taux de marché pour rémunérer leur argent.

On les appelle des «applications de gestion conseillée», ou «robo-advisors» mais le principe est le même: suivre et gérer ses placements. La banquière du futur est-elle data-scientist? Toujours est-il que la figure du banquier tradi bien installé dans son fauteuil en velours a pris un sacré coup de vieux.

Livret A vs Livret IA?

À+, le Livret A? Si l’on en croit l’Observatoire de l’épargne réglementée, certains ont déjà sauté le pas puisque le nombre de livrets d’épargne populaire a chuté de 15,2% en quatre ans.

Quand l’IA de Bruno fait de l’ombre au Livret A | Bruno

De fait, nombreuses et nombreux sont les jeunes qui ne se retrouvent pas ou plus dans les offres des banques traditionnelles. En mai 2017, on pouvait déjà lire sur Wired: «Tout le monde a un ami qui ressemble un peu à une banque. Vous voyez le genre: toujours souriant, il reste dans les parages. Toujours prêt à filer un coup de pouce. Généralement jusqu'au jour où vous avez besoin d'aide. Ensuite, ils bloquent votre carte pendant que vous êtes à l’étranger, renvoient un prélèvement automatique ou vous noient sous les mails –mais cette fois-ci avec des caractères plus gras et éventuellement le mot “huissiers”».

Et d’ajouter: «Quand tout, de la nourriture au mobilier, est disponible avec une livraison au lendemain en 2017, pourquoi le processus bancaire quotidien est-il toujours aussi vintage?». La banque d’un monde qui change n’existerait donc pas? En fait, s’il serait tentant de dire que les start-ups ont mis leur raclée aux banques, ce serait néanmoins globalement faux: les nouveaux acteurs n’éclipsent pas nécessairement les anciens. Le plus souvent, ils les complètent.

La fintech se construit donc autour de mariages arrangés: Bruno conserve ses fonds au Crédit mutuel Arkéa et Carrefour Banque, Linxo est soutenue par le Crédit agricole, Lydia lance son offre de prêt instantané avec Banque Casino, etc.

Ailleurs, on observe de plus en plus de relations win-win dans lesquelles le poids de l’acteur bancaire vient stabiliser l’audace de la start-up. Comme l’explique le directeur des partenariats et de la communication de Finance Innovation Cyril Armange, «de plus en plus de fintechs cherchent à s’allier soit avec des partenaires dotés d’une force de frappe puissante, soit même entre elles».

Sur Yeeld, les intérêts sont à encaisser directement via Amazon. | Yeeld

Côté fintech, les petites entreprises ne connaissent donc pas la crise. Mais dans ce champ de jeunes pousses, comment choisir où placer ses radis? Comme pour les banques traditionnelles, il faut gratter les fonds de tirelire pour débusquer les valeurs des acteurs en place.

On découvrira ainsi que Yeeld est maqué avec Amazon et que l’on y recevra ses intérêts au format chèques cadeaux. Outre-Atlantique, la néobanque Revolut est accusée de pratiques sociales douteuses. L’argent n’aurait-il pas d’honneur? De l’autre côté du spectre, le dirigeant de Bruno annonce «travailler avec des associations qui s’adressent aux personnes en difficultés financières». Choisir son appli n’est donc pas anodin, car n’oublions pas que les fintechs arrivent toujours à leurs fins (de mois).

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