La Ford Mustang Mach-E, dévoilée le 17 novembre à Hawthorne (Californie). | Mark Ralston / AFP
La Ford Mustang Mach-E, dévoilée le 17 novembre à Hawthorne (Californie). | Mark Ralston / AFP

Ford lance une Mustang électrique, métaphore des contradictions du marché

La Mustang Mach-E semble être à l'opposé de ses ancêtres aux V6 vrombissants.

L'annonce automobile la plus attendue de la semaine était celle de la Mustang Mach-E, le dernier modèle de chez Ford et premier véhicule entièrement électrique de la mythique gamme Mustang.

Les Mustang sont à l'origine des «muscle cars», de très grosses cylindrées sportives et très consommatrices, qui ont connu leur âge d'or dans les années 1960 –symboles de cette époque qui précède les chocs pétroliers et les préoccupations vis-à-vis de l'écologie.

Le dernier modèle de la gamme se situe en rupture totale avec cet héritage: c'est un SUV, un modèle plutôt familial, dont on n'entendra pas les vrombissements musclés puisqu'il ne dispose pas de moteur à explosion. Seul le nom et quelques détails de design subsistent.

Pourquoi alors donner le nom Mustang à une voiture dont la conception semble être diamétralement opposée aux modèles originaux? Simplement parce que rien d'autre ne se vend.

Contradictions du marché

Le marché de l'automobile est traversé aujourd'hui par deux tendances opposées. Premièrement, ce qui semble être une évolution naturelle pour les véhicules individuels: des voitures électriques, qui limitent au maximum leur empreinte carbone. Logique pour une époque où la prise de conscience écologique devient globale, donc fortement encouragée par des subventions gouvernementales.

À l'opposé de cette tendance, le grand public, notamment américain mais c'est aussi le cas ailleurs, est en ce moment passionné par les SUV, ou «Sport utility vehicle». Ces gros «4x4 urbain», particulièrement gloutons en carburant et particulièrement dangereux, semblent assez anachroniques mais se vendent comme des petits pains, aidés par le bas prix du baril.

Jim Hackett, le nouveau PDG de Ford, a expliqué au magazine en ligne Fast Company le raisonnement derrière un tel mélange des genres: «Le public a montré que quand le prix du carburant est bas, ils veulent des véhicules plus massifs. […] S'il existe un futur où le prix du baril n'est plus un facteur déterminant, il est alors logique qu'ils continuent de vouloir des grosses voitures.»

Les gros SUV électriques n'ont pas été inventés par Ford: Tesla, en première ligne, propose les Model X et Model Y, mais de nombreuses marques proposent aussi ce genre de véhicule afin d'allier ambitions écologiques et profitabilité.

Comment, dès lors, se démarquer? Si le public préfère les voitures agressives et puissantes aux sages véhicules électriques, pourquoi ne pas simplement coller à ces dernières une célèbre silhouette de cheval au galop sur la calandre? Quand même elle n'aurait pas grand-chose à voir avec les modèles d'origine: dans ce domaine, la psychologie prime sur la raison.

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