Le prestige des ailes a perdu de sa superbe. | Kora Xian via Unsplash
Le prestige des ailes a perdu de sa superbe. | Kora Xian via Unsplash

Du cockpit au camion: les ailes brisées des pilotes de ligne

La crise a mis beaucoup d'aviateurs sur la paille, et certains n'ont d'autre choix que de se reconvertir.

L'an dernier, Collis Wagner a enfin accédé à son rêve d'adolescent: il est devenu pilote de ligne chez American Airlines. Un an plus tard, âgé de 44 ans, son fantasme a pris une drôle de tournure, il passe ses journées à conduire des camions dans le nord de l'Ohio.

Comme nombre d'autres pilotes remercié·es par leur employeur, Collis Wagner a dû se résoudre à faire une croix sur sa carrière, raconte le Wall Street Journal.

Et pour certain·es, qui se sont lourdement endetté·es (une licence d'avion coûte entre 60.000 et 80.000 dollars), c'est la douche froide. Après avoir été licencié, Greg Harper, ex-pilote chez Qantas, travaille aujourd'hui soixante-dix heures par semaine avec deux emplois différents –l'un dans une épicerie et l'autre dans la construction.

Pilote de ligne: un métier très bien payé et disposant des syndicats parmi les plus puissants du monde. Jusqu'à la pandémie de 2020, les embauches étaient au beau fixe. En 2016, Boeing prévoyait ainsi un besoin de 617.000 nouveaux pilotes à horizon 2035. Les grandes compagnies avaient même relancé leurs formations intégrées, à l'instar d'Air France.

Ailes brisées

Aujourd'hui, la crise est passée par là et la pénurie s'est transformée en surplus. American Airlines et Easyjet se sont séparées de beaucoup de leurs pilotes, d'autres, comme Air France ou Lufthansa, ont gelé toutes les embauches.

Cette année, le nombre de pilotes a diminué de 87.000 sur un an, selon CAE, un organisme de formation et d'entraînement de pilotes. «Pour vous donner une idée du marché, on trouve aujourd'hui des compagnies qui cherchent des pilotes prêts à travailler gratuitement», témoigne Olivier Rigazio, membre associé du Bureau exécutif du SNPL France ALPA, un syndicat de pilotes.

Celles et ceux disposant d'un petit matelas de sécurité se contentent d'attendre le retour des jours meilleurs. Mais que faire dans l'intervalle? «Contrairement à d'autres professions, les pilotes doivent avoir une expérience de vol continue pour conserver leur licence et rester employables. C'est une exigence légale et obligatoire», explique l'ECA (Association européenne de pilotage) à la Deutsche Welle.

Certain·es risquent de voir leur licence expirer avant un retour à la normale, qui pourrait ne pas arriver avant 2024. «À 2.000 euros la prolongation, cela fait beaucoup d'argent pour un pilote au chômage», se désole Janis Schmitt, porte-parole de l'association allemande des pilotes Vereinigung Cockpit (VC).

Tout n'est cependant pas perdu. D'après l'étude de CAE, 484.000 nouveaux pilotes seront nécessaires d'ici 2029 pour remplacer les départs. Il s'agira alors pour les compagnies de trouver un moyen d'attirer et de former à nouveau des talents partis vers d'autres horizons ou déqualifiés.

«Il faudra alors s'attendre à un goulot d'étranglement lorsque tous les pilotes devront renouveler leur licence et obtenir une qualification fraîche», avertit Janis Schmitt, porte-parole de l'association allemande des pilotes Vereinigung Cockpit (VC). «Cela peut prendre pendant quelques mois, voire un an.»

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