Un pêcheur tchadien présente sa prise du jour, près du village de Tagal, en novembre 2018. | Michele Cattani / AFP
Un pêcheur tchadien présente sa prise du jour, près du village de Tagal, en novembre 2018. | Michele Cattani / AFP

Dans le bassin du Tchad, poivrons et poissons financent le djihad

Daech a mis la main sur les activités économiques de la région. Mais peut-être plus pour longtemps.

Après avoir détruit l'économie locale, les djihadistes ont pris le contrôle de la pêche et de la culture des poivrons rouges dans le bassin du Tchad. Selon le Programme alimentaire mondial, ces activités représentaient avant le conflit 44 millions d'euros en exportations annuelles pour le Nigeria, et 300.000 emplois pour les seuls poivrons.

Les commerces du poisson et des poivrons ont été fortement perturbés après le début du conflit armé, déclenché en 2008 par le groupe armé islamiste qui s'appelait alors Boko Haram. Mais ces dernières années, les djihadistes ont cherché à restaurer le fonctionnement de ces activités économiques et à en tirer profit.

En août 2016, moins d'un an après son allégeance au groupe État islamique, Boko Haram s'est scindé en deux. D'un côté, le Groupe sunnite pour la prédication et le djihad (GSPD), loyal à l'ancien chef Abubakar Shekau, destitué par la direction de Daech pour «extrémisme». De l'autre, l'État islamique en Afrique de l'Ouest (EIAO), branche «officielle».

L'EIAO a envoyé des émissaires dans les camps de déplacé·es –éparpillés entre le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigeria– pour encourager les familles à reprendre leurs activités agricoles et piscicoles. Des centaines ont accepté, selon HumAngle, en raison du manque d'argent et des conditions de vies très précaires dans les camps.

Gouvernance djihadiste

Après des années d'activité humaine réduite, les eaux du lac Tchad étaient à présent très poissonneuses. Les djihadistes de l'EIAO ont mis en place des routes sécurisées pour que le poisson puisse atteindre les marchés, ainsi qu'un système de taxation. Le bassin du Tchad produit 70% du poisson vendu sur les principaux marchés du sud du Nigéria; sa pêche est donc vendue dans tout le pays.

En trois ans, un producteur de poivrons a payé entre 400.000 et 500.000 nairas [entre 945 et 1.180 euros] de taxes. Les pêcheurs doivent s'acquitter de droits de pêche de 15.000 nairas [35 euros] tous les quinze jours. Ceux qui achètent le poisson payent une sorte de TVA de 1.000 nairas [2 euros] par caisse. Les éleveurs de bétail sont taxés en nature.

En échange de cela, l'organisation djihadiste assure un accès à son système de justice, à la protection et aux soins de santé élementaires. L'ensemble de ces activités rapporte l'équivalent de milliers d'euros à l'EIAO, dont une partie est payée sous la forme de biens: médicaments, carburant, téléphones, etc.

Mais peut-être plus pour longtemps: les opérations récentes des militaires tchadiens contre le groupe ont fortement perturbé ses circuits d'approvisionnement. Et une partie de la population tchadienne du bassin serait en train de se retourner contre les djihadistes. Le temps de l'opulence est peut-être terminé pour l'EIAO.

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