La bien nommée Fearless Girl, postée devant Wall Street à New York. | Angela Weiss / AFP
La bien nommée Fearless Girl, postée devant Wall Street à New York. | Angela Weiss / AFP

Les marchés boursiers se réjouissent de la pandémie

La déconnexion totale entre l'économie réelle et les performances en Bourse a une explication plutôt cynique.

Même pas peur. Alors que l'épidémie de Covid-19 connaît ces dernières semaines une explosion de nouvelles contaminations aux États-Unis, les marchés se portent comme un charme.

Depuis son plus bas niveau du 23 mars, l'indice S&P 500 a ainsi gagné près de 60%, tandis que le Nasdaq est à son plus haut historique. «La crise du Covid-19 est maintenant inversement liée aux marchés, indique à Reuters Andrew Brenner, responsable des titres à revenu fixe internationaux chez NatAlliance. Plus la situation empire, plus les marchés sont contents, car les investisseurs anticipent les mesures de relance de la Fed

Avec des taux d'intérêt proches de zéro et des plans massifs de crédit, la Réserve fédérale américaine inonde les marchés d'argent gratuit. Et peu importe si les résultats financiers des entreprises sont catastrophiques, celles-ci continuent à s'endetter comme si de rien n'était. Les programmes d'achat d'obligations ont fait du deuxième trimestre 2020 le plus chargé de tous les temps pour l'émission de dettes, rapporte Reuters.

L'emploi chute, les marges augmentent

Un autre phénomène plus cynique alimente l'euphorie boursière: les licenciements en masse, qui selon les analystes vont conduire à une plus forte profitabilité. «Une structure de coûts allégée permettra aux entreprises d'empocher davantage de bénéfices sur les ventes lorsque la croissance reprendra», développe l'éditorialiste de Bloomberg Lu Wang.

À terme, l'amélioration de la rentabilité devrait compenser la demande détruite par les pertes d'emplois. «Cela peut sembler un peu froid, mais c'est toujours ainsi en période de récession et c'est la réalité [...]: la réduction des dépenses contribue à l'expansion des marges des entreprises», appuie Gina Martin Adams, analyste stratégie chez Bloomberg Intelligence.

Selon les estimations de l'agence de presse, les marges des entreprises ont ainsi rebondi à 13%, contre 9,4% au deuxième trimestre. De quoi ravir les actionnaires, qui regardent avec gourmandise les marchés grimper, et alimenter les arguments de ceux qui dénoncent un système financier qui enrichit les plus aisés aux dépens des plus pauvres.

«Vous devez dissocier ce que vous pensez du monde en tant qu'être humain et ce que vous pensez des implications sur le marché, conclut Michael Shaoul, directeur général du fonds d'investissement Marketfield Asset Management. Si vous cherchez à concilier les deux, vous ne ferez probablement pas du bon boulot à Wall Street.»

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