Le siège de BP Exploration Alaska à Anchorage, le 27 août 2019. | Lance King / Getty Images North America / AFP
Le siège de BP Exploration Alaska à Anchorage, le 27 août 2019. | Lance King / Getty Images North America / AFP

BP se débarrasse de ses champs de pétrole à tour de bras

Le géant britannique veut réduire de 40% sa production pétrolière d'ici dix ans en se retirant de plusieurs pays-clés.

«Beyond Petroleum.» Le slogan de BP n'aura jamais résonné aussi juste. Le géant britannique du pétrole se prépare en effet à céder une très large part de ses actifs dans le gaz et le pétrole, alors que 17,5 milliards d'entre eux seraient non rentables pour un prix du baril inférieur à 55 dollars [47 euros], rapporte l'agence Reuters.

Même à supposer que le prix remonte à 70 dollars [59 euros] le baril –ce qui est hautement improbable dans le contexte économique actuel–, BP ne compte pas poursuivre ses investissements dans l'exploration pétrolière.

Selon Reuters, l'entreprise vise une réduction de 40% de sa production de pétrole d'ici à 2030, ce qui représente une diminution d'un million de barils par jour. La compagnie espère ainsi récupérer 25 milliards de dollars [21 milliards d'euros] de la vente d'actifs entre 2020 et 2025, afin d'investir massivement dans les énergies renouvelables.

Une stratégie de verdissement risquée

L'exploration avec la promesse d'une augmentation de production, c'est pourtant ce qui a jusqu'ici fait grimper le cours de bourse des majors pétrolières. Mais depuis quelques années, le ton a changé.

Au moins de juin, le plus grand fonds de pension suédois, qui pèse plus de 60 milliards d'euros, a annoncé qu'il se retirait des industries fossiles afin de parvenir à la neutralité carbone de ses investissements d'ici à 2030. Parmi ses actifs figurent justement BP, mais aussi son concurrent Royal Dutch Shell, ou encore les Américains Exxon Mobil et Chevron.

Début 2019, le fonds souverain norvégien avait suivi le même chemin en annonçant désinvestir les entreprises spécialisées dans l'exploration et la production pétrolière et gazière (tout en épargnant les majors pétrolières en raison de leurs autres activités dans les énergies renouvelables).

BP «n'a plus besoin de l'exploration pétrolière pour financer sa croissance», aurait déclaré Bernard Looney, qui a pris la tête de l'entreprise au mois de février, lors d'une réunion interne en juillet.

Selon des sources citées par Reuters, BP pourrait se retirer de l'Azerbaïdjan, d'Oman, des Émirats arabes unis et d'Irak. La stratégie est toutefois risquée. Car le retour sur investissement, qui est de 12% à 15% dans le pétrole, n'est que de 8% à 12% dans les énergies renouvelables.

Ce pivot massif pourrait donc encore réduire les marges de l'entreprise, déjà aux prises avec une dette colossale de près de 50 milliards de dollars [42 milliards d'euros]. Et ça, même les actionnaires emprunts d'une fibre écolo risquent de ne pas apprécier. Au deuxième trimestre 2020, ils ont déjà dû avaler une division par deux de leur dividende, la première depuis la crise de la marée noire de Deepwater Horizon en 2010.

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