Sir Elton John himself fait partie des artistes accusant le gouvernement Johnson de les avoir laissé tomber. | Fabrice Coffrini / AFP

Sir Elton John himself fait partie des artistes accusant le gouvernement Johnson de les avoir laissé tomber. | Fabrice Coffrini / AFP

Le Brexit, un désastre pour la musique britannique

L'obsession des «brexiters» pour le contrôle des frontières met en péril une industrie déjà malmenée par le Covid-19.

Si les pêcheurs ont été au centre des discussions du Brexit durant plusieurs mois, le monde de la culture a quant à lui été largement zappé par les négociateurs.

Il pèse pourtant lourd dans l'activité du pays. L'industrie nationale de la musique contribue à hauteur de 5,8 milliards de livres (6,7 milliards d'euros) au PIB britannique, auxquels s'ajoutent 4,7 milliards de livres (5,3 milliards d'euros) pour le tourisme musical, et emploie près de 200.000 personnes.

En vertu du Brexit, les musiciens ne peuvent plus se déplacer librement entre le Royaume-Uni et l'Union européenne pour leurs tournées, faute d'accord entre Londres et Bruxelles. Chaque artiste doit à présent obtenir un visa individuel et un permis de travail pour chaque pays membre de l'UE, ce qui entraînera également des coûts supplémentaires.

Le problème peut paraître lointain alors que la pandémie de Covid-19 interdit pour l'instant tout concert ou festival. Mais les programmateurs, qui doivent se préparer parfois jusqu'à un an à l'avance, se heurtent déjà à des casse-têtes logistiques.

Les camions transportant le matériel devront par exemple appliquer les règles du cabotage et n'auront pas droit à plus de trois arrêts dans l'UE, ce qui est évidemment ridicule pour une tournée artistique.

«Il y a aussi le problème du merchandising: est-ce que les fans européens vont continuer à acheter des objets à 40 ou 50 livres sterling à un groupe anglais s'il faut payer 5 livres à 10 livres de taxes à l'importation?», soupire Ellie Gies, membre du conseil d'administration de Music Managers Forum, un des principaux syndicats de managers musicaux, dans Le Monde.

«Victime collatérale»

Chaque partie se renvoie la balle de ce fiasco. Selon un porte-parole du Premier ministre Boris Johnson, c'est l'UE qui a refusé ses propositions d'un «accord ambitieux portant sur les déplacements temporaires des voyageurs d'affaires qui aurait couvert les musiciens».

Mais Michel Barnier, le négociateur européen sur le Brexit, nie s'être opposé à cette libre circulation, ce que confirme le journal britannique The Independent.

«[La proposition de l'UE] n'est tout simplement pas compatible avec notre volonté de reprendre le contrôle de nos frontières», a avancé Caroline Dinenage, une députée du Parti conservateur interrogée sur le sujet à la Chambre des communes.

Elle explique qu'un tel accord «ouvrirait la brèche à l'entrée [sur le territoire britannique] de n'importe quel citoyen européen». De plus, cette dérogation ne réglerait en rien le problème des techniciens, qui seraient exclus de l'accord, fait-elle valoir.

«Les musiciens et les artistes sont les victimes collatérales de l'obsession du gouvernement pour la fin de la libre circulation», s'énerve Pete Wishart, membre du Parti national écossais et lui-même musicien dans un groupe de rock.

Dans une pétition qui a déjà recueilli plus de 263.000 signatures, une centaine de musiciens dont Elton John, Sting, Ed Sheeran ou Liam Gallagher accusent Londres d'avoir «honteusement laissé tomber» les musiciens.

Le seul espoir des artistes réside à présent dans les négociations bilatérales avec chaque État, comme c'est déjà le cas pour la France, qui a signé un tel accord.

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