Deux livreurs à scooter de Meituan à Pékin, le 26 juin 2018 | Wang Zhao / AFP

Deux livreurs à scooter de Meituan à Pékin, le 26 juin 2018 | Wang Zhao / AFP

En Chine, Meituan a érigé un (fragile) empire des services

L'entreprise qui livre tout, partout et tout le temps est si puissante qu'une commande de repas coûte désormais moins cher que la popote maison.

En France, les deux-roues siglés Deliveroo, Glovo, Uber Eats ou JustEat sont légion sur les routes des grandes villes. En Chine, Meituan, le service de livraison local, est devenu un empire si puissant qu'il est désormais plus avantageux de commander que de se faire à manger soi-même.

Meituan-Dianping a été créé en 2010 sur la base de Groupon par Wang Xing, un ancien cadre de Alibaba, le géant chinois de la vente en ligne. Le groupe s'est rapidement étendu à plusieurs centaines de villes et a bénéficié du retrait du pays de Groupon pour se concentrer sur l'économie de la restauration.

«Ils pensaient que les affaires se trouvaient dans les achats de groupe, raconte Wang en parlant des investisseurs; nous pensions que les affaires étaient dans le e-commerce de services.»

Commander un plat de canard rôti au restaurant du coin coûte seulement 20 yuan [2,65 euros], soit 80% de réduction par rapport à la normale. Abey Lin, un jeune Chinois adepte de l'application, avoue qu'il serait difficile pour lui de battre ce prix en se faisant à manger lui-même. «C'est hallucinant», souligne-t-il. Résultat, il ne fréquente quasiment plus la cafétéria de sa résidence. Comme des millions d'autres personnes dans le pays, Lin commande deux à trois repas par jour, qui sont généralement livrés à sa porte en trente minutes.

Meituan permet de commander bien d'autres produits et services que des plats préparés: des courses, des massages, des coupes de cheveux, des fournitures de bureaux, des tickets de cinéma... –tout ce que vous voulez, à peu de choses près.

En Chine, le marché de la livraison représente 35 milliards de dollars [environ 31 milliards d'euros] et abrite une guerre entre Meituan et Alibaba.

Colosse aux pieds d'argile

Meituan aime se définir comme «le Amazon des services». Son application couvre 2.800 villes du pays et emploie 600.000 personnes pour livrer ses quelque 400 millions de fidèles. Un livreur ou une livreuse gagne entre 15 et 30 dollars par jour [entre 13 et 26 euros], et seulement 67 centimes d'euros pour un trajet court.

Au siège du groupe à Pékin, des murs tapissés d'écrans affichent en temps réel les livraisons en cours dans tout le pays; un programme d'intelligence artificielle aide les conducteurs et conductrices à emprunter le meilleur itinéraire.

En moyenne, ces petites mains complètent vingt-cinq livraisons par jour (contre dix-sept il y a trois ans), soit un total de vingt millions de commandes quotidiennes réparties sur tout le réseau. À titre de comparaison, Grubhub, le leader américain du secteur, en dénombre moins de 500.000 par jour.

La situation de l'empire Meituan reste pourtant financièrement instable. Depuis son entrée à la Bourse de Hong Kong le 20 septembre 2018, Meituan a vu le prix de son action chuter de 30%.

L'entreprise avait levé 4,2 milliards de dollars [3,6 milliards d'euros] dans l'opération, pour atteindre une valorisation de 52,8 milliards de dollars [45,4 milliards d'euros]. Mais les pertes annuelles de l'entreprise depuis sa création refroidissent les investisseurs et suscitent la méfiance des analystes.

Wang Xing ne compte toutefois pas en rester là et veut s'inspirer d'Amazon et de Jeff Bezos, son modèle en affaires. «Il y a tellement à faire. Nous n'allons pas arrêter dans un an ou deux», déclare le PDG.

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