L'armée taïwanaise lors d'un exercice antidébarquement, le 9 août 2022, à Pingtung. | Sam Yeh / AFP

L'armée taïwanaise lors d'un exercice antidébarquement, le 9 août 2022, à Pingtung. | Sam Yeh / AFP

Les sombres prédictions d'une simulation de conflit entre la Chine, Taïwan et les États-Unis

Un «war game» a été organisé pour anticiper les effets d'un tel affrontement: il serait dramatique, pour tout le monde.

La visite de Nancy Pelosi à Taïwan le 3 août dernier, dans le cadre d'une tournée diplomatique en Asie, a provoqué la colère du gouvernement chinois, qui considère l'île de 23 millions d'habitants comme une province ayant vocation à retourner dans son giron.

En réaction, l'Armée populaire de libération a mené une série d'exercices militaires autour de l'île, faisant une nouvelle fois craindre une tentative d'invasion, ou du moins un incident grave entre les parties impliquées.

Bien qu'il reste aujourd'hui très improbable, un scénario où les États-Unis décideraient d'intervenir est toujours possible. Afin de prévoir ce à quoi pourrait ressembler une telle éventualité, le cercle de réflexion Center for Strategic and International Studies (CSIS) a mené un «war game» lors duquel d'ancien généraux, officiers de l'armée et cadres du Pentagone ont simulé une confrontation de cet ordre.

«Les résultats montrent que dans la plupart des scénarios –mais pas dans tous–, Taïwan s'avère capable de repousser une invasion. Toutefois, le coût serait extrêmement élevé pour les infrastructures et l'économie taïwanaises, ainsi que pour les forces américaines dans le Pacifique», résume pour Bloomberg un conseiller du CSIS.

La simulation propose un scénario dans lequel, en 2026, la Chine déciderait d'attaquer Taïwan et où les États-Unis s'impliqueraient sans réserve, le Japon les autorisant à étendre les capacités opérationnelles de toutes leurs bases situées sur l'archipel. Il faut toutefois garder en tête que les deux premières conditions sont improbables et la troisième incertaine.

Destruction mutuelle

D'après les projections du CSIS, la totalité de la marine et la moitié de l'armée de l'air taïwanaises seraient détruites dès les premiers jours du conflit. De son côté, la Chine pourrait perdre 150 navires.

Pour ce qui est des États-Unis, les missiles chinois longue portée pourraient éliminer jusqu'à 900 avions en visant les bases aériennes, ainsi qu'une large partie de leur flotte du Pacifique.

Selon les experts invités à participer à la simulation, dans tous les scénarios testés, l'armée chinoise serait à même de débarquer sur les plages taïwanaises et de s'y établir.

Ses progrès dans les terres dépendraient ensuite des capacités de résistance de l'armée de terre de la République insulaire. Les perspectives, là aussi, sont plutôt sombres: selon un participant à la simulation, «l'armée taïwanaise n'est pas au niveau auquel elle devrait être sur le plan qualitatif».

Il n'est pas certain que cette phrase, prononcée dans la chaleur d'un bureau de Washington, plaise à des conscrits largement opposés à l'escalade avec leur voisin chinois. Ces jeux de destruction mutuelle sont à l'opposé que ce que souhaitent les Taïwanais, qui sont dans leur quasi-totalité en faveur d'une conservation du statu quo, quitte à le maintenir sur le long terme.

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