La carotte (ici dans une mine sud-africaine) et le bâton. | Rodger Bosch / AFP
La carotte (ici dans une mine sud-africaine) et le bâton. | Rodger Bosch / AFP

La Chine veut-elle faire chanter le Pentagone avec ses terres rares?

Elles sont indispensables à la fabrication du F-35, entre autres.

Les Américains ont trouvé un nouvel argument pour alimenter leur animosité envers la Chine. Non contents de les espionner via leurs téléphones portables ou d'exercer une concurrence déloyale en les inondant de produits fabriqués par des Ouïghours opprimés, les Chinois chercheraient à pénaliser volontairement l'industrie de la défense américaine en limitant ses exportations de terres rares.

La Chine produit en effet 80% de l'approvisionnement mondial en scandium, yttrium ou néodyme et compte se servir de la dépendance des Américains pour nuire à leur programme militaire.

Selon le Financial Times, le ministère de l'Industrie aurait consulté des chefs d'entreprise chinois pour savoir à quel point les États-Unis seraient pénalisés par un embargo en cas de conflit.

Il se demande notamment si cela affecterait la production de F-35. La fabrication d'un exemplaire de cet avion furtif nécessite pas moins de 417 kilos de terres rares, et ces matériaux sont également utilisés dans les chars, les missiles de haute précision ou les drones.

Ce n'est pas la première fois que la Chine brandit ce type de menace. En 2019, cette possibilité avait déjà été évoquée alors que le pays était en pleine guerre commerciale avec les États-Unis. Pékin avait également suspendu ses exportations de terres rares vers le Japon en 2010, avant de faire marche arrière en 2015 pour les remplacer par de simples quotas de production.

Effet boomerang

Cette stratégie pourrait toutefois avoir un effet boomerang, s'inquiètent les autorités de Pékin. Car pénaliser trop fortement les Américains ou les Européens, c'est prendre le risque d'accélérer leur production domestique en terres rares et créer de nouveaux concurrents.

En 2019, le ministère du Commerce américain avait dévoilé un rapport de cinquante pages pour sécuriser l'approvisionnement du pays en terres rares. Ce dernier préconisait notamment le développement de la R&D, la diversification des fournisseurs et un recensement des ressources stratégiques du pays en vue de les exploiter. L'administration Trump prévoyait également de déréguler le secteur minier afin d'accélérer la délivrance de nouveaux permis d'exploitation.

Car si la Chine contrôle effectivement 80% de l'extraction des terres rares, elle n'abrite qu'un tiers des réserves mondiales. Outre l'Australie, principal producteur hors de Chine, la Russie, le Vietnam ou le Brésil sont également de potentiels concurrents. De plus, du fait de ses besoins personnels croissants, le pays est lui-même devenu le premier importateur mondial de terres rares en 2018.

Pour le consultant en mines Christian Hocquard, interrogé par l'Usine Nouvelle, les menaces de la Chine seraient donc de la pure esbroufe. «Il est très peu probable que la Chine mette sa menace à exécution, car elle s'exposerait à des sanctions», rappelle l'expert.

À court terme, un boycott chinois pourrait bien faire monter temporairement les prix, ce qui ferait encore grimper celui du F-35, qui est déjà un gouffre financier. Mais ce serait là aussi un pari assez risqué. «Si la Chine laisse les prix monter de manière inconsidérée, elle n'arrivera plus à contrôler sa production illégale, qui se retrouvera sur le marché à travers le Vietnam et d'autres pays limitrophes», prévient Christian Hocquard.

Cette intervention de Pékin apparaît donc plutôt comme une tentative d'intimidation envers Lockheed Martin (le fabricant du F-35), qui a l'intention de fournir plusieurs F-35 à Taïwan.

Inacceptable pour la Chine, qui observe avec inquiétude la montée en puissance de l'influence américaine sur son voisin. Bref, la Chine n'est clairement pas la plus grosse épine dans le pied du F-35.

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