En pyjama, tranquille, la jeune américaine fait exploser le système avec une certaine grâce. | MTV / AFP
En pyjama, tranquille, la jeune américaine fait exploser le système avec une certaine grâce. | MTV / AFP

Comment Taylor Swift a fait la nique aux financiers qui l'exploitaient

Un joli pied de nez au système, et de belles fortunes à venir.

Le 9 avril, Taylor Swift publiait Fearless (Taylor's Version), premier d'une série de réenregistrements complets de ses six premiers albums, parus entre 2006 et 2017 sur Big Machine Records.

Ces revisitations ne relèvent en rien de la coquetterie d'une artiste considérant que ses vieux disques ont pris trop de rides. Pied de nez aux businessmen et fonds d'investissement qui l'exploitaient, ces réenregistrements sont la méthode maline de l'Américaine pour tirer un trait sur des années de marasmes et conflits contractuels et pour reprendre un contrôle presque total sur son œuvre.

Petit retour en arrière. En 2005, Taylor Swift n'a que seize ans lorsqu'elle signe son premier contrat avec Scott Borchetta, ex de Dreamworks, en train de monter son tout jeune label Big Machine.

La structure comme son artiste-star prospèrent, et prospèrent bien, pendant des années. Toutes les bonnes choses ont une fin et Swift décide de rompre en 2017 avec Big Machine Records pour signer un nouveau contrat avec Republic Records.

Elle n'en a pourtant pas tout à fait fini. Car Big Machine Records reste propriétaire des masters des albums que Swift a publiés sur le label, et dont elle réclame, sans succès, le transfert.

La gloire commerciale de Taylor Swift étant ce qu'elle est, c'est-à-dire colossale, ces masters ne tardent pas à mettre en appétit certains fonds d'investissement, qui voient en eux une source certaine de revenus à long terme.

Masters and servant

En 2019, il est ainsi annoncé que Scott Borchetta fait affaire avec Ithaca, une firme dirigée par Scooter Braun. Avec l'appui financier de l'énorme fonds d'investissement The Carlyle Group, Ithaca et Braun mettent la main sur Big Machine Records –donc les précieux masters– pour une rondelette somme estimée à 300 millions de dollars (252 millions d'euros).

L'année suivante, lesdits masters changent encore de main: ils sont cette fois vendus par Ithaca à un autre fonds, Shamrock Capital, pour une somme équivalente. Ces mouvements provoquent l'ire de Swift, qui réclame sans succès la possibilité de racheter son propre back catalog, et qui entre dans un conflit ouvert et public avec Scooter Braun.

Elle n'est pas tout à fait démunie dans sa lutte. Il est fort probable qu'Ithaca et The Carlyle Group, comme Shamrock Capital plus tard, aient parié un peu trop vite sur les opulentes mannes financières que peuvent représenter la synchronisation, soit l'utilisation des chansons d'un ou d'une artiste dans un film ou une publicité.

Or, comme expliqué dans le limpide fil Twitter ci-dessus, la possession des droits sur les masters ne suffit pas pour qu'une chanson puisse être utilisée, sous une forme quelconque, de manière commerciale.

Taylor Swift, qui continue à disposer des droits inaliénables sur ses compositions, était en droit de refuser tout usage de son œuvre, quitte à se priver de précieux revenus. C'est ce qu'elle a fait et continue à faire, de manière systématique.

«Chaque semaine, nous recevons une douzaine de demandes pour utiliser Shake It Off dans une pub ou Blank Space dans une bande-annonce de film, et nous répondons par la négative à chacune d'entre elles», expliquait l'artiste à Billboard en 2019.

En réenregistrant ses six premiers albums, l'Américaine recrée de nouveaux masters, sur lesquels elle conserve cette fois les droits, vidant ainsi d'une partie de leur substance les coûteuses transactions des fonds ayant cherché à capitaliser sur ses chansons.

Désormais pleinement en contrôle, elle a désormais toute latitude pour accepter ces juteux contrats de licence, à son profit: la vengeance est un plat qui se mange froid mais, en musique, c'est encore mieux.

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