La big data, une munition de choix pour connaître la valeur d'un contenu. | Felix Mooneeram via Unsplash
La big data, une munition de choix pour connaître la valeur d'un contenu. | Felix Mooneeram via Unsplash

La concurrence pousse Netflix à la transparence des chiffres

La plateforme a fait part de sa volonté d'ouvrir ses données aux producteurs comme au public: une nouveauté de taille et un signe que la concurrence est prise très au sérieux.

Business Insider, qui consacre un long article à la question, ne prend aucun détour: la récente décision de Netflix de partager un peu plus généreusement la big data liée aux programmes qu'elle diffuse, longtemps restée son jardin très secret constitue, selon le site américain, un véritable «pivot» historique dans la stratégie de la plateforme.

Hormis quelques très rares exceptions, l'entreprise est longtemps restée très coite sur les chiffres de visionnage des films et séries qu'elle offre à ses abonné·es. En 2013, alors qu'elle commençait à lancer ses programmes originaux, la compagnie expliquait qu'une telle démarche mettait une pression inutile sur les épaules des producteurs. «Pour notre business, il n'y a aucune raison de publier des chiffres si ce n'est celle de créer une pression artificielle sur un show afin qu'il fonctionne bien à court terme», expliquait alors le patron des contenus de la maison, Ted Sarandos, à Variety.

Une concurrence sur les starting-blocks

Mais le marché a changé, et Netflix n'est plus seul à batailler. D'autres acteurs sont déjà montés au front, armés de leur puissance financière et de catalogues bien remplis. Mi-avril, Disney a annoncé son plutôt alléchant Disney+, Apple présentait la sienne fin mars, Amazon continue d'investir lourdement dans des contenus inédits tandis que d'autres (Hulu, Warner) peaufinent leurs propres plateformes. Tous se posent en rivaux sérieux et Netflix, malgré des derniers résultats au beau fixe, a inquiété les investisseurs au point de devoir réagir.

Nous allons progressivement transmettre aux producteurs, puis à nos membres et bien sûr à la presse plus de données “granulaires”, et nous serons plus transparents quant aux programmes qui sont regardés sur Netflix dans le monde.
Ted Sarandos, responsable du contenu chez Netflix

En guise de première salve, Netflix a augmenté son tarif mensuel pour une partie de ses près de 150 millions d'abonné·es dans le monde, aux États-Unis, au Mexique, au Brésil et dans certains pays européens –l'entreprise continue de brûler un cash phénoménal pour ses originals, la décision semblait donc logique. Mais ce n'est pas tout: pour contrer cette concurrence dotée de gros moyens, et parce qu'elle compte continuer à faire la différence grâce à ses exclusivités et productions maison, la firme doit attirer les sociétés qui créent, produisent et vendent les programmes.

Pour ce faire, l'une des options consiste à ne pas se contenter de leur signer des gros chèques –l'argent, de toute façon, se trouve ailleurs–, mais de mettre à leur disposition une partie de cette matière première primordiale que constituent les chiffres liés au visionnage. «Ces prochains mois, nous allons progressivement transmettre aux producteurs, puis à nos membres et bien sûr à la presse plus de données “granulaires”, et nous serons plus transparents quant aux programmes qui sont regardés sur Netflix dans le monde», a déclaré, cinq ans plus tard, le même Ted Sarandos.

Nombre de créateurs et de producteurs commencent à se rendre compte qu'il leur manque une pièce cruciale du puzzle pour pouvoir déterminer la valeur de leurs contenus.
David Viviano, économiste pour le syndicat spécialisé SAG-AFTRA,

Montrer ses muscles: c'est bien le but de la manœuvre. À revenus égaux, un producteur ou un créateur (prenons, au hasard, les dernières recrues oscarisées Martin Scorsese ou Alfonso Cuarón) aura sans doute tendance à choisir la plateforme où ses programmes trouveront le public le plus large. Mais c'est également une concession de la part de Netflix: savoir que son film ou sa série a été un succès est également un outil utile quand il s'agit de négocier de futurs contrats.

Business Insider explique également que l'opération est destinée à étouffer une sensation qui commençait à prendre de l'ampleur dans le milieu des investisseurs: Netflix investit des fortunes folles dans des contenus originaux qui ne sont que peu visionnés par ses abonné·es.

Reste que, si elle a annoncé l'ouverture de son coffre à data, la plateforme de SVOD n'a pas encore été tout à fait claire quant à la nature des données qu'elle transmettra aux différentes parties et celles qu'elle préfère maintenir secrètes. «Nombre de créateurs et de producteurs commencent à se rendre compte qu'il leur manque une pièce cruciale du puzzle pour pouvoir déterminer la valeur de leurs contenus», a expliqué David Viviano, économiste pour le syndicat spécialisé SAG-AFTRA, à Business Insider.

C'est donc peut-être sur ce nouveau front des données de visionnage, avant même celui du nombre d'abonné·es, que se jouera la prochaine guerre des plateformes et de leurs contenus.

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