Trois livreurs sud-coréens lors d'une pause à Séoul, en 2015. Une scène peut-être impossible aujourd'hui. | Ed Jones / AFP
Trois livreurs sud-coréens lors d'une pause à Séoul, en 2015. Une scène peut-être impossible aujourd'hui. | Ed Jones / AFP

En Corée du Sud, les livreurs meurent de trop travailler

Pour ces forçats du scooter, le travail n'est pas la santé.

L'article du New York Times sur le calvaire mortel des coursiers coréens débute par un récit frappant. Tôt le matin, avant d'entamer une journée harassante de labeur, des coursiers se réunissent près d'un hangar de l'aéroport de Séoul. En silence, ils offrent un moment de recueillement à ceux d'entre eux qui sont restés sur le carreau, morts d'épuisement.

Ils sont cette année, explique le quotidien, plus d'une douzaine à avoir ainsi succombé à l'équivalent coréen du karōshi japonais, le gwarosa, soit la mort au travail, provoquée par le stress et des cadences trop infernales pour le corps et l'esprit humain.

La Corée du Sud est notoirement une nation travailleuse, très travailleuse. En 2018, la durée maximum légale de travail par semaine est passée de 68 à 52 heures; ce qui semble inconcevable en Occident constituait là-bas une petite révolution.

Qui, comme un peu partout dans le monde, a malheureusement laissé coursiers et livreurs sur le bas-côté: très peu protégés sur le plan social, non salariés par les entreprises qu'ils servent, ils n'ont pas été concernés par la réforme et ont dû continuer à trimer sans rechigner.

La crise du Covid-19 s'est chargée du reste. Comme ailleurs, la pandémie a fait exploser le commerce à distance et le marché des livraisons express –une croissance de 30% et un total de 3,9 milliards de paquets en 2020, selon des chiffre repris par le NYT.

Boutiques ou firmes de logistique promettent des options de livraison avant l'aube, dans la journée ou bullet speed («à la vitesse d'une balle»). Déjà sur-sollicités avant la pandémie, coursiers et livreurs croulent sous les demandes.

La mort en express

Le NYT cite l'exemple de Choi Ji-na, une «taekbae gisa» qu'un divorce et la charge de deux enfants ont poussé vers un emploi de livreuse. Elle doit effectuer jusqu'à 370 livraisons par jour, commence à 6h30 le matin, est rarement de retour à la maison avant 22h.

Méchamment rabottées par la crise, les commissions représentent une misère, quelques centimes par paquet, moins les frais ou les pénalités en cas de retard, qui obligent les travailleurs à démultiplier leurs courses. Ils travaillent littéralement de l'aube à l'aube et finissent par tomber, quand le corps lâche.

Alertée par cette vague de décès, la population coréenne a fini par s'alarmer du sort peu enviable de ces forçats du scooter. Certaines personnes laissent des petits mots de soutien sur le pas de leur porte, voire quelques petits snacks et boissons.

Coursiers et livreuses profitent de ce court moment d'exposition pour s'unir et réclamer des conditions de travail moins inhumaines. Mais les commandes continuent d'affluer, et les décès, de survenir.

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