Un barman sert une bière dans un bar de Berlin, où les mesures de confinement ont été allégées. | John MacDougall / AFP
Un barman sert une bière dans un bar de Berlin, où les mesures de confinement ont été allégées. | John MacDougall / AFP

La crise du Covid-19 empêchera la bière de s'écouler pendant des années

Les grands brasseurs ne s'attendent pas à retrouver leur clientèle pendant au moins deux ans.

Après avoir dû jeter des millions de litre de bière fraîche qui pourrissaient dans les fûts, les brasseurs et les bars doivent maintenant faire face à l'évidence: il faudra peut-être des années pour que la consommation de bière revienne à la normale.

Trop de rendez-vous arrosés ont été annulés: les événements sportifs, les festivals de musique ou l'Oktoberfest, qui a fait boire 7,3 millions de litres de bière aux personnes qui y ont participé l'année dernière. Les barbecues ou les sorties à la plage risquent également de se faire rares cet été dans certaines régions européennes.

«Nous faisons encore de l'argent [grâce aux ventes en supermarché], alors ce n'est pas la fin du monde [pour nous], constate pour Bloomberg Cees 't Hart, directeur général du groupe Carlsberg. Mais ça reste un désastre.» Un commentaire qui n'a rien d'étonnant quand on sait que les prévisions du groupe annoncent un déclin de la consommation sur au moins deux ans, car en Europe 50% des ventes de bière s'effectuent dans les bars.

Répercussion sur les établissements

Comme Heineken, AB InBev ou Asahi, Carlsberg a souffert d'une grosse baisse de ses revenus au premier trimestre 2020 –et le second s'annonce plus aride encore. Asahi notamment a perdu 72% de ses profits à l'étranger, la valeur marchande d'AB InBev a été divisée par deux, Heineken a baissé de 24% et Carlsberg de 20%.

Le bilan est très sombre. En Angleterre, l'association de la bière anglaise et des pub prédit que 40% des 47.000 pubs du pays ne pourront pas rouvrir sans un support financier de l'État.

Quant à ceux qui pourront rouvrir dans plusieurs semaines ou mois, ils ne pourront accueillir qu'une fraction de leur clientèle habituelle, devront proposer du gel hydroalcoolique, appliquer le dispositif du marquage au sol et peut-être se doter de vitres en plexiglas pour protéger les barmans et barmaids tout en respectant les règles de distanciation sociale.

En attendant, Calsberg a lancé LoveMyLocal, qui aide les établissements à vendre leur bière à emporter. Une initiative qui a inspiré AB InBev, le plus grand producteur de bière au monde, avec SavePubLife, un système de coupons qui permet de garder le contact avec la future clientèle.

AB InBev garde d'ailleurs espoir. En observant la situation en Chine (qui a doucement rouvert avant l'Europe), la brasserie constate que les chiffres remontent légèrement la pente. En avril, les ventes de bières favorites des boîtes de nuit, Budweiser, Harbin et Boxing Cat, n'étaient déjà plus qu'à -17% de leurs ventes, un progrès considérable comparé aux -45% du premier trimestre.

«Ce que l'on voit en Chine, c'est que [l'industrie] reprend du poil de la bête, explique le directeur d'AB InBev, Carlos Brito. Nos clients rouvrent leurs portes et les consommateurs recommencent à faire les choses qu'ils aiment.»

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