Des jeunes Portoricain·es assistent à leur cérémonie de remise de diplôme depuis leur voiture, le 13 mai 2020. | Ricardo Ardueno / AFP
Des jeunes Portoricain·es assistent à leur cérémonie de remise de diplôme depuis leur voiture, le 13 mai 2020. | Ricardo Ardueno / AFP

Avec le Covid-19, la voiture va-t-elle faire son grand retour?

Les bas prix du pétrole et la peur de la contamination pourraient doper l'industrie automobile.

Il y a déjà plus de trois mois, alors que le confinement commençait en Chine, le monde s'émerveillait de la brutale chute de pollution dans l'atmosphère chinoise. Avec les citoyen·nes obligé·es de se confiner et, surtout, la mise en pause de l'activité industrielle, le taux de CO2 dans l'air a drastiquement diminué.

Lorsqu'elle s'est confinée, l'Europe à elle aussi eu droit à une réduction de la pollution. Cependant, non seulement cela n'est que temporaire et ne pèsera pas bien lourd dans la balance, mais le contrecoup du confinement pourrait être douloureux –en partie à cause de l'automobile.

La peur de la contamination fait fuir les transports en commun aux personnes qui le peuvent et, avec la reprise progressive du travail, beaucoup de gens pour lesquels la marche à pied n'est pas la solution profitent de la sécurité de l'habitacle de leur voiture.

La Chine fut le premier pays à se déconfiner. Si le public ne snobe pas entièrement les trains, le trafic routier matinal à Shanghai, Pékin et Guangzhou, les plus grandes villes du pays, est supérieur à celui de 2019 à la même période, selon BloombergNEF.

La fréquentation du métro dans ces trois villes a baissé de 53%, 29% et 39% respectivement par rapport à la situation pré-confinement. Les entreprises pétrolières en sont bien conscientes: «Les gens utilisent plus leur voiture parce qu'ils ont peur d'utiliser les transports en commun», confirme Patrick Pouyanné, le PDG de Total.

À Berlin, où les règles de confinement ont été relâchées plus tôt qu'en France, le trafic automobile est 28% en dessous de ses niveaux d'avant la crise. Mais la fréquentation des transports en commun a, elle, baissé de 61%.

Carburant bon marché

De son coté, le directeur de la compagnie pétrolière espagnole Repsol indique qu'«au moins au début de notre retour à la normale, nous nous attendons à une baisse de la fréquentation des transports en commun». Peut-être un vœu pieux pour l'industrie des hydrocarbures qui, pour survivre, a cruellement besoin de l'augmentation d'une demande pour l'instant en chute libre.

En effet, après avoir été pris dans une guerre des prix entre l'Arabie saoudite et la Russie, le pétrole a traversé une grave crise que la baisse de demande engendrée par la pandémie de Covid-19 a encore aggravée, et qui s'est soldée en avril par le phénomène curieux d'un baril américain à prix négatif.

Sauf mise en place de taxations supplémentaires, cette crise devrait engendrer une baisse des prix du carburant et un encouragement supplémentaire pour les consommateurs à se servir de leur voiture.

En Chine, le plus gros marché automobile du monde, l'allègement du confinement a engendré un rebond des ventes de 4,4% par rapport à avril 2019. C'est une augmentation timide mais notable: la première depuis deux ans, lorsque le gouvernement avait mis fin à sa politique d'incitation fiscale en juillet 2018.

Les bas prix du carburant et la crise économique risquent en outre de porter préjudice aux véhicules électriques. D'après BloombergNEF, les ventes devraient cette année à peine excéder celles de 2019, les véhicules à essence gagnant encore en compétitivité économique.

Danger pour l'écologie

Les municipalités sont bien au courant de ce potentiel retour en grâce de la voiture et certaines préparent déjà la suite. Quarante villes, dont Paris, se sont engagées à ce que le retour à une vie plus normale se fasse d'une manière respectueuse de l'environnement.

Cela passe entre autres par une pression supplémentaire sur l'espace dédié aux voitures dans la cité. Anne Hidalgo a déjà affirmé qu'elle allait faire son possible pour faciliter les déplacements à vélo et à pied et certaines voies cyclables ont été créées ces dernières semaines, alors que le trafic était limité. Reste à voir, sur le temps, l'effet concret de ces promesses d'adaptations.

Car si les transports en commun posent un problème pour la distanciation sociale, les mobilités vertes, elles, reposent beaucoup sur des services de partage de véhicules, que ce soit des solutions fournies par la ville comme les Vélib' ou par des entreprise de trottinettes et vélos en free floating, telles Lime, Bird ou Jump.

Or, le partage ne fait pas bon ménage avec les dangers liés à la contamination. Le business du free floating est d'ailleurs en chute libre et au bord de la faillite.

Cela dit, comme c'est le cas pour les transports en commun, rien n'est encore inscrit dans le marbre quant à leur abandon au profit de la voiture. La dynamique à venir sera fortement influencée par une variable encore inconnue: l'état d'esprit de la population.

La peur du coronavirus va-t-elle s'ancrer longtemps dans les esprits ou rapidement se dissiper une fois la menace réduite? C'est probablement la question la plus cruciale, à laquelle seul le temps apportera une réponse.

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