Un petit bout de tissu pourrait permettre aux activités économiques quotidiennes de mieux résister à la crise. | Jon Tyson via Unsplash
Un petit bout de tissu pourrait permettre aux activités économiques quotidiennes de mieux résister à la crise. | Jon Tyson via Unsplash

Les masques peuvent-ils sauver l'économie?

Le port obligatoire du masque s'applique désormais en entreprise. Un coût, mais aussi beaucoup d'économies.

Depuis le 1er septembre, les locaux des entreprises, dont les open spaces, les couloirs ou les salles de réunion notamment, figurent dans la liste des lieux où le port du masque est devenu obligatoire pour les plus de 11 ans. Seule exception: le bureau individuel.

Cette décision était attendue par nombre de professionnel·les de santé, dont une partie avait publié dès le 14 août dans Libération une tribune avertissant sur le fait que les gestes barrières ne suffisent pas à assurer la sécurité des personnes concernées dans les milieux clos. Il ne fait désormais aucun doute que le Covid-19 se transmet par les aérosols émanant des malades, symptomatiques ou non.

«Les entreprises sont les premières sources de clusters en France», explique le Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste, membre du collectif Stop Postillons et signataire de l'alerte. «Le masque est un outil de protection, un moyen de prévention et de lutte», entérine le Dr Franck Clarot, radiologue, également signataire.

On veut que la vie sociale et économique redevienne la plus normale possible, le plus longtemps possible sans avoir à confiner.
Dr michaël rochoy, membre du collectif stop postillons

Si cette mesure est essentielle pour limiter la propagation du virus, elle l'est tout autant pour revenir à une situation aussi normale que possible. «On entend beaucoup dire que les personnes en faveur du port du masque ne veulent pas de retour au travail, or c'est tout le contraire, insiste le Dr Rochoy. On veut que la vie sociale et économique redevienne la plus normale possible, le plus longtemps possible sans avoir à confiner.»

Précisément: le masque, la seule mesure prophylactique viable aujourd'hui avec la distantiation physique et le lavage régulier des mains, s'avère être un outil économique puissant pour des entreprises qui accusent encore le coup du confinement.

Pour les chef·fes d'entreprises, il représente un coût: en vertu de l'article L4122-2 du Code du travail, il doit être à la charge de l'employeur, au même titre que les vêtements professionnels dits «protecteurs». La Confédération des petites et moyennes entreprises (CGPME) évalue le coût des masques et du gel hydroalcoolique à 100 euros par mois et par personne salariée par la firme.

La maladie du présentéisme

Mais l'épidémie de Covid a engendré un véritable changement de paradigme en matière d'arrêts maladie. «Avant, lors d'une infection ORL simple, j'avais beaucoup d'employés qui refusaient le congé maladie et qui voulaient aller travailler, parce qu'ils ont trois jours de carence et ne veulent pas les perdre», témoigne le Dr Rochoy.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Selon une étude réalisée par Malakoff Médéric, 28% des arrêts maladie prescrits en 2019 n'ont pas été respectés. 11% des arrêts ont été pris mais pas en totalité et 17% n'ont pas été pris du tout.

Pour expliquer ce renoncement, les salarié·es évoquent en premier lieu «qu'il n'est pas dans leurs habitudes de se laisser aller» (39%) ainsi que le fait que les journées non travaillées ne soient pas prises en charge (37%).

L'étude décrit ce «présentéisme maladie» comme un véritable phénomène: 65% des salarié·es déclarent avoir déjà travaillé alors qu'elles et ils étaient malades, une tendance plus marquée chez le personnel ayant des responsabilités d'encadrement (72%) ou lorsque le salaire n'est pas maintenu pendant les trois premiers jours d'arrêt (69%).

À présent, dans un contexte où l'isolement des personnes malades ou qui pourraient l'être est indispensable à la collectivité, ce présentéisme ne saurait perdurer. Au contraire: au moindre signe d'infection, au moindre symptôme pouvant évoquer le Covid-19, les personnes ainsi que les éventuels cas contact doivent se soumettre à un test PCR et se mettre en quarantaine jusqu'à l'arrivée des résultats.

«Les délais pour avoir une PCR sont très longs, parfois plus d'une semaine, déplore le Dr Rochoy. À cela, il faut ajouter le délai pour obtenir les résultats: les gens sont absents pendant tout ce temps alors que normalement ils n'auraient pas manqué ne serait-ce qu'une journée de télétravail.»

Sécuriser le salariat

Le masque n'a en outre rien à prouver concernant son efficacité dans la lutte contre la propagation d'autres virus. «Avec l'arrivé du froid, il va y avoir de nombreux arrêts de travail et des arrêts plus longs, uniquement pour des viroses banales et bénignes, prévoit Dr. Michaël Rochoy. Le port du masque va alors permettre de limiter ces arrêts, ce qui pourra contrebalancer ceux qui sont plus longs, tout en faisant diminuer les délais pour avoir un test PCR.»

Il y a eu beaucoup de congés maladie et d'absentéisme parce que les salariés avaient peur, qu'ils ne se sentaient pas suffisamment protégés. Lorsque l'entreprise assure cette responsabilité, elle leur envoie un signal fort.
Dr Franck Clarot

Le Dr Clarot met le doigt sur l'un des atouts principaux du masque en entreprise: il peut permettre de sécuriser, à la fois symboliquement et concrètement, la force de travail. «Il y a eu beaucoup de congés maladie et d'absentéisme parce que les salariés avaient peur, qu'ils ne se sentaient pas suffisamment protégés. Lorsque l'entreprise assure cette responsabilité, elle leur envoie un signal fort.»

Ces craintes risquent d'être particulièrement fortes chez les personnes dites «vulnérables» –celles qui souffrent d'une pathologie chronique ou qui fragilise leur système immunitaire ainsi que les femmes enceintes à partir du troisième trimestre de grossesse. Elles ne peuvent en effet plus bénéficier du dispositif d'indemnisation dérogatoire en cas d'arrêt de travail depuis le 31 août: si leur activité ne rentre pas dans le cadre du télétravail, elle n'auront pas d'autre choix que de retourner sur site.

Arrêts coûteux et clusters désastreux

Si les arrêts de travail représentent un coût énorme pour la solidarité nationale, ils pèsent également lourds sur le financièrement des entreprises. Qu'il s'agisse des coûts directs –prise en charge du délai de carence, maintien du salaire pendant l'absence ou complément des indemnités journalières, voire prise en charge de certains frais médicaux– et des coûts indirects.

Ces derniers, nombreux, allongent la facture de manière non négligeable: ​coûts de gestion (gestion de l'absence et gestion du remplacement), de remplacement (salaire, formation et intégration du remplaçant), coûts de couverture des risques (contrat de prévoyance santé), coûts de perte de productivité (interruption de l'activité, désorganisation, réorganisation et baisse de qualité) ou encore d'image (insatisfaction client, baisse de qualité, délais, etc.).

On peut évaluer le coût d'une journée d'absence pour l'entreprise à un minimum de 300 euros. Et davantage si l'arrêt est dû à une maladie professionnelle, ce qui pourrait être le cas pour une infection au Covid-19 dans certains secteurs ou pour les personnes ayant travaillé durant le confinement.

Ces coûts pour l'entreprise seront d'autant plus importants en période épidémique: en cas de cluster avéré, ce n'est pas un·e mais plusieurs salarié·es qui seront arrêté·es, pour une semaine ou une quinzaine de jours. «Le port du masque est une mesure économique dont le coût est faible par rapport aux économies potentielles réalisées», résume le Dr Rochoy.

Reste aux entreprises à instaurer une véritable culture de prévention et à faire du masque et du télétravail des outils de protection de leurs salarié·es, comme de leurs finances.

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