Gilead, explique le WSJ, pourrait cette année faire 1,3 milliard de dollars de profits sur le seul remdesivir. | Ulrich Perrey / POOL / AFP
Gilead, explique le WSJ, pourrait cette année faire 1,3 milliard de dollars de profits sur le seul remdesivir. | Ulrich Perrey / POOL / AFP

Le traitement au remdesivir sera vendu 3.120 dollars aux États-Unis

Il coûte pourtant 10 dollars à produire et a bénéficié d'amples subventions gouvernementales.

Fin mai, le Dr Fauci, éminent membre de la task force de la Maison-Blanche consacrée à la crise du Covid-19, annonçait des résultats préliminaires prometteurs pour le remdesivir dans le traitement de la maladie.

Le laboratoire Gilead pouvait se frotter les mains. Malgré le manque, à cet instant, d'études tout à fait concluantes sur l'efficacité et l'innocuité de sa molécule, cette première annonce suffisait pour faire grimper le cours de son action et lui ouvrir de beaux horizons.

Prise par l'urgence de la pandémie, la Food and Drug Administration (FDA) autorisait début mai Gilead à distribuer le remdesivir, supposé réduire en moyenne de quatre jours l'hospitalisation des malades.

Le laboratoire a désormais fixé un prix à sa formule: pour un·e patient·e «typique», le coût du remdesivir sera de 520 dollars par dose [463 euros], soit 3.120 dollars [2.775 euros] pour une semaine de traitement. Ce tarif concerne les malades assuré·es par des compagnies privées. Celles et ceux dépendant de corps étatiques ou bénéficiant des programmes Medicare ou Medicaid paieront un peu moins cher –390 dollars par dose.

Ce prix, en outre, ne concerne que les États-Unis, où le laboratoire est libre de fixer ses tarifs comme il l'entend. Les autres États, en particulier ceux disposant d'une couverture santé universelle, peuvent négocier des prix plus bas.

10 dollars la dose

Dans d'autres pays, comme l'Inde ou le Bengladesh, où Gilead a signé des licences avec des fabricants de génériques, le prix sera ainsi beaucoup plus bas –il est question de 1.000 dollars [889 euros] pour une semaine de traitement.

Et pour cause: comme le note le Wall Street Journal, la fabrication du remdesivir ne pose pas de difficulté particulière et son coût de revient ne serait que de 10 dollars par dose.

Pour expliquer la marge phénoménale qu'il va réaliser, Gilead met en avant les coûts élevés liés au développement de la molécule et aux études lui étant associées. Le laboratoire assure en outre que l'économie de quelques jours d'hospitalisation compense largement le prix de son traitement.

Beaucoup, pourtant, s'étranglent de telles justifications. Car si Gilead a effectivement englouti des fortunes dans sa nouvelle molécule, une grosse partie de ces fonds sort directement des poches des contribuables.

Très anti-libéral, le site Jacobin cite ainsi une étude ayant calculé que le laboratoire a, au total et pour ses recherches, bénéficié de 70 millions de dollars [62 millions d'euros] de subventions de la part du National Institute of Health.

Certain·es élu·es s'émeuvent de cette situation, courante aux États-Unis. «Les contribuables vont payer des milliards en plus pour des médicaments dont ils ont déjà financièrement participé au développement», a ainsi réagi l'édile démocrate texan Lloyd Doggett.

Quant à la bourse, elle a accueilli l'annonce de Gilead avec une relative déception, provoquant une légère baisse du cours de son action: les investisseurs s'attendaient à un coût plus élevé pour le traitement.

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