Les industrie pharmaceutiques et logistiques du monde entier font face à des défis d'une ampleur inédite. | Artem Podrez via Pexels

Les industrie pharmaceutiques et logistiques du monde entier font face à des défis d'une ampleur inédite. | Artem Podrez via Pexels

L'impossible défi logistique du vaccin contre le Covid-19

Seringues, flacons, congélateurs ou adjuvants manquent, et la distribution nécessitera une organisation titanesque.

Personne ne sait quel vaccin contre le Covid-19 va sortir son épingle du jeu. Celui du laboratoire américain Moderna? De l'allemand BioNtech et Pfizer? Du russe Gamaleïa? Fera-t-il partie des sept vaccins actuellement en phase 3?

Une chose semble certaine cependant: si la science donnait aujourd'hui son feu vert à un vaccin efficace contre ce virus, les entreprises du monde entier ne suffiraient pas à le produire, à le transporter ni à l'administrer à l'ensemble de la population humaine. Seringues, aiguilles, flacons, congélateurs: tout vient à manquer, alors que les besoins sont colossaux.

Manque d'aiguille

L'exemple le plus probant se trouve aux États-Unis. Alors que le pays est durement frappé par la pandémie, avec plus de 6,3 millions de cas et 190.000 décès causés par le Covid-19, le risque d'une pénurie de seringues pourrait freiner la diffusion d'un potentiel vaccin.

Pour l'heure, les firmes américaines fabriquent environ 663 millions de seringues par an, dont la plupart sont allouées à d'autres programmes, comme le vaccin pour la grippe, rapporte le Guardian.

L'administration Trump a fait ses calculs: pour pouvoir diffuser en masse un vaccin contre le Covid-19, les États-Unis auront besoin de 850 millions de seringues supplémentaires. Rick Bright, alors directeur de la US Biomedical Advanced Research and Development Authority (BARDA), interpelait dès janvier l'administration Trump sur la nécessité de prévoir des centaines de millions d'aiguilles et de seringues supplémentaires pour une campagne de vaccination.

À l'époque, le stock national n'en détenait que 15 millions: il a fallu attendre le mois de mai pour que le gouvernement américain ne passe sa première commande, ajoute Bloomberg. Aujourd'hui, le gouvernement fédéral américain dépense des centaines de millions de dollars pour éviter cette crise annoncée. Pourtant, la vraie pénurie pourrait ne pas intervenir tout de suite, mais plutôt dans un second temps.

Les coronavirus semblant produire une réponse immunitaire de courte durée chez les êtres humains, nombre de scientifiques estiment qu'il faudra administrer un «rappel» à l'ensemble de la population vaccinée –le processus sera donc, au minimum, double.

«Dans la deuxième et la troisième phase, les choses se compliquent», explique au Guardian Prashant Yadav, chercheur au Center for Global Development et expert des chaînes d'approvisionnement. «Si nous avons 7 ou 8 milliards de doses en 2021 et 2022, aurons-nous encore 7 ou 8 milliards de seringues supplémentaires après? Non», ajoute Yadav.

Verre borosilicaté et foie de requin

D'autres outils pharmaceutiques essentiels aux injections risquent d'être en rupture de stock. Parmi eux, l'on retrouve les flacons en verre borosilicatés.

Plus résistants aux changements de température et beaucoup moins réactifs aux produits chimiques qu'ils contiennent, ces fioles sont fondamentales pour transporter puis administrer en toute sécurité les médicaments sensibles, comme les vaccins.

Malheureusement, ce type de verre est plus cher et plus difficile à confectionner que le verre classique. Les inquiétudes sont nombreuses quant à sa disponibilité en cas de vaccination massive, rapporte Quartz, tandis que le Stevanato Group, détenu en Italie par la famille du même nom, se frotte les mains et active sa cadence en prévision des milliards de fioles qu'il faudra fournir dans les prochains mois.

Même son de cloche pour les adjuvants, ces produits ajoutés au vaccin pour renforcer et compléter son action. Certains des sérums actuellement testés en contiennent. Si l'un d'eux prouve son efficacité, s'approvisionner risque de se transformer en un véritable chemin de croix, comme ce fut et reste le cas pour les réactifs nécessaires aux tests PCR.

Et pour cause: outre le sel d'aluminium, parfois contesté, de nouveaux adjuvants sont distillés à partir de sources naturelles difficiles d'accès. L'un d'entre eux provient par exemple de l'écorce d'un arbre chilien ne poussant pas en-dessous de 2.000 mètres d'altitude, tandis qu'un autre est dérivé de l'huile de foie de requin.

Grâce aux biotechnologies, il existe des moyens de synthétiser ces composés. Mais ces pratiques sont très récentes, et il est difficile de prédire si les sociétés qui les fabriquent seront capables de répondre à d'importantes demandes.

8.000 avions

Trouver un vaccin serait un immense premier pas dans la lutte contre le Covid-19. Encore faut-il avoir les moyens d'enchaîner avec le second: sa distribution tout autour du globe. Ce sera même le «plus grand défi de transport jamais réalisé», prévient l'Association internationale du transport aérien (IATA).

Il faudrait au total l'équivalent de 8.000 Boeing 747 pour réaliser cette mission titanesque, explique l'IATA, qui travaille déjà à la planification d'un plan de transport aérien.

Il faut non seulement assurer la sécurité de la marchandise, mais encore disposer d'espaces de stockage à basse température, dont les avions actuels ne sont pas équipés, précise BBC.

Certaines injections qui en sont aux derniers stades des tests doivent être conservées à environ -80° Celsius. Des conditions extrêmes qui poussent les responsables américain·es de la santé publique et les entreprises de logistique à se ruer vers les congélateurs.

L'entreprise postale américaine United Parcel Service (UPS) a par exemple investi dans 600 unités de refroidissement industrielles pour des sites à Louisville, au Kentucky et aux Pays-Bas, en vue d'une future distribution d'un vaccin contre le Covid-19. Partout, la lutte ne fait que commencer, et les batailles à remporter sont nombreuses.

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