Le vaccin Moderna peut rapporter gros à des économies en souffrance –comme à la firme qui le produit. | Joseph Prezioso / AFP
Le vaccin Moderna peut rapporter gros à des économies en souffrance –comme à la firme qui le produit. | Joseph Prezioso / AFP

Le vaccin Moderna, ou le profit à tout prix

La start-up est pointée du doigt par certains observateurs pour sa trop grande avidité.

Une biotech, dirigée qui plus est par un Français, capable de développer en quelques mois un vaccin efficace à 94% contre le Covid-19. Pour beaucoup, Moderna est l'exemple même de la start-up visionnaire à succès, capable d'œuvrer pour le bien de l'humanité.

Pour des voix plus critiques, la pépite de la biotech n'est qu'une firme comme les autres, animée par la seule recherche effrénée du profit. C'est certes logique pour une entreprise privée, mais plus questionnable en plein désastre mondial et lorsque l'on a bénéficié d'amples aides des États.

Moderna vient ainsi de recevoir le prix Shkreli, du nom du PDG Martin Shkreli qui avait racheté l'exclusivité d'un médicament contre le sida vieux de 62 ans afin d'augmenter son prix de 5.000% –le PDG purge par ailleurs une peine de prison de sept ans pour fraude et manipulation d'actions.

Remis par le think tank Lown Institute, ce prix «récompense» les «pires exemples d'enrichissement et dysfonctionnements dans la santé». Malgré un financement fédéral d'un milliard de dollars, Moderna a ainsi, aux États-Unis, initialement fixé les prix les plus élevés de tous les fabricants de vaccins. Chacune des doses de son précieux sérum est ainsi facturée entre 32 et 37 dollars, soit 64 à 74 dollars (52 à 60 euros) par personne pour deux doses.

«Par comparaison, Pfizer et BioNTech ont conclu un accord avec le gouvernement américain pour fournir des doses à 19,50 dollars chacune, pour un régime à deux doses de 39 dollars par personne», remarque le site Ars Technica. Et ce alors que Pfizer n'a quémandé aucun financement fédéral.

La soif de l'or

Acculée par les critiques, Moderna a finalement dû revoir son prix en novembre à 30 dollars les deux doses. Mais le Lown Institute fustige «l'avidité» d'une entreprise «qui n'a aucun bilan dans la production de vaccins et a construit l'actuel vaccin avec l'aide des contribuables».

Des allégations corroborées par la situation européenne. En décembre 2020, la secrétaire d'État belge au budget Eva De Bleeker a divulgué les prix confidentiels négociés par la Commission européenne.

Si AstraZeneca a promis de commercialiser son vaccin à prix coûtant (1,78 euro l'unité), le tarif a été négocié à 6,93 euros pour Johnson & Johnson, 7,56 euros pour Sanofi/GSK, 10 euros pour Curevac, 12 euros pour Pfizer-BioNTech. Et 14,68 euros pour Moderna, qui aurait tenté de négocier un tarif à 25 ou 30 euros par unité.

Moderna possède une autre face sombre. En 2016, le site américain d'informations scientifiques STAT consacrait une enquête à son PDG français Stéphane Bancel.

Il décrivait un patron dévoré par l'ambition et obsédé par le secret, auteur d'un management brutal: plus d'une dizaine de cadres virés en un an, des programmes abandonnés du jour au lendemain, des scientifiques maison écartés, etc.

«Ceux tombés en disgrâce auprès de Bancel se retrouvaient exclus des réunions clés, mis de côté jusqu'à ce qu'ils démissionnent ou soient finalement licenciés», raconte un ancien employé.

Le site dépeint aussi une entreprise ressemblant quasiment à une secte: «Certains employés parlent de la promesse de Moderna avec un respect à la limite de la crainte, l'un d'eux comparant la technologie à de la magie.»

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