Au 4 mars 2020, 92.013 «corona tokens» avaient déjà été brûlés. | André François McKenzie via Unplash / Freepng / Montage Korii
Au 4 mars 2020, 92.013 «corona tokens» avaient déjà été brûlés. | André François McKenzie via Unplash / Freepng / Montage Korii

Le coronavirus a désormais sa cryptomonnaie (et c'est assez sinistre)

La morbide CoronaCoin permet de parier à la hausse sur le nombre de gens qui vont être contaminés ou mourir.

Le principe de la cryptomonnaie CoronaCoin est aussi simple que glaçant: son offre en circulation est basée sur la population mondiale et ne peut que diminuer. Tous les deux jours, elle est ajustée en fonction du nombre de nouveaux cas de coronavirus ou de décès liés au Covid-19. Lorsqu'ils augmentent, l'offre se raréfie et la CoronaCoin prend de la valeur. Autrement dit, plus les contaminations et les morts se multiplient, plus l'on peut s'enrichir.

«Il y a un nombre fixe de tokens dans le monde: 7.604.953.650. Le nombre total de tokens = la population dans le monde au moment de frapper les tokens. À mesure que le nombre de personnes infectées/tuées par le virus augmente, le nombre de tokens [correspondant] est manuellement brûlé toutes les quarante-huit heures. Ainsi, pour chaque infection, un token [...] devient inutilisable», détaille son site officiel.

L'équipe de CoronaCoin serait composée de sept membres, pour la plupart basé·es en Europe. «Certaines personnes pensent qu'une grande partie de l'offre sera “brûlée” en raison de la propagation du virus, alors elles investissent», indique à Reuters Sunny Kemp, un utilisateur de la cryptomonnaie qui se présente comme l'un de ses concepteurs.

Obligations pandémiques

Le site de CoronaCoin affirme qu'en faisant rentrer ces données dans une blockchain Ethereum, elle permet d'informer les citoyen·nes de pays subissant la censure, comme la Chine –ce qui est moyennement convaincant. Un «jeu de stratégie éducatif» autour de la cryptomonnaie serait également en cours de développement. Seul point positif: l'équipe derrière CoronaCoin s'est engagée à reverser 20% de ses réserves totales à la Croix-Rouge.

Interpellé sur le caractère immoral du projet, Kemp réplique: «Il existe actuellement des obligations pandémiques actives émises par l'OMS. En quoi est-ce différent?»

Ces obligations pandémiques, qui représentent 320 millions de dollars d'actifs [environ 290 millions d'euros], ont en fait été émises par la Banque mondiale en 2017. Et elles sont loin d'être exemptes de critiques. Alors qu'elles devaient permettre aux pays touchés par des pandémies de récupérer rapidement de l'argent, elles viennent de démontrer leur caractère inopérant.

«Les maladies infectieuses se propagent de façon exponentielle, et le coronavirus a un taux de croissance très rapide. Mais les obligations ne se déclenchent que lorsque la maladie s'est propagée depuis longtemps. [...] Ce qui est obscène, c'est que la Banque mondiale a organisé cela de cette façon. Elle attend que les gens meurent», dénonce Olga Jonas, du Harvard Global Health Institute, interviewée par le Guardian.



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