Sam Bankman-Fried, à New York lors d'un gala de charité, le 23 juin 2022. L'homme est passé de héros à pas grand-chose, en cramant beaucoup d'argent au passage. | Craig Barritt / Getty Images North America / Getty Images via AFP
Sam Bankman-Fried, à New York lors d'un gala de charité, le 23 juin 2022. L'homme est passé de héros à pas grand-chose, en cramant beaucoup d'argent au passage. | Craig Barritt / Getty Images North America / Getty Images via AFP

Avant la chute, les gabegies hallucinantes de FTX et Sam Bankman-Fried

Sans aucun contrôle, des dépenses complètement folles.

De tout à rien en quelques jours: la chute de FTX, plateforme d'échange de cryptomonnaies dirigée par le jeune Sam Bankman-Fried (SBF), est l'un des gadins économiques les plus spectaculaires. Il est extraordinairement coûteux pour les investisseurs et toxique pour le secteur.

Dans son premier passage sur le gril public depuis les événements, Sam Bankman-Fried, fils de deux professeurs de droit de Stanford et adepte bruyant de la philosophie de l'«effective altruism» (amasser le plus d'argent possible pour le redistribuer soi-même), s'est dit désolé pour les victimes du krach de sa plateforme.

Chargé de mener la barque coulante dans la banqueroute, l'ex-liquidateur d'Enron John Ray III déclarait quant à lui ne «jamais avoir vu dans [s]a carrière un échec aussi complet», après avoir jeté un premier coup d'œil aux comptes et à l'organisation de la firme.

Maintenant que les événements commencent à décanter, certains détails de cet «échec» commencent à se dévoiler. Notamment la manière dont Sam Bankman-Fried et FTX dépensaient l'argent de la structure ou celui d'Alameda, société de trading de crypto également créée par le jeune homme.

Dans une impression amère de déjà-vu pour quiconque a suivi les frasques maboules de WeWork et de son patron Adam Neumann, ce qui est révélé est absolument ahurissant: FTX dilapidait sans aucun contrôle et absolument n'importe comment les fonds qui étaient à sa disposition.

Aux petits oignons

Installés aux Bahamas, les cadres de l'entreprise découvrent qu'Amazon ne livre pas le petit État insulaire? Qu'à cela ne tienne, comme le raconte le Financial Times: sans regarder à la dépense, ils signent un contrat avec une compagnie de jets privés, qui feront la navette depuis Miami pour livrer les colis en deux temps, trois mouvements.

Parce qu'il fallait bien loger ses employés, et parce que Sam Bankman-Fried tenait à ce que chacun de leurs besoins et désirs soient immédiatement couverts, la firme a également acheté, comme on commanderait deux baguettes, de nombreuses villas de grand luxe aux Bahamas.

Le coût? Une paille: les investissements immobiliers de FTX dans son petit paradis sur mesure ont été de 300 millions de dollars, soit à peu près la même chose en euros, en grande partie pour l'usage personnel des cadres de la firmes.

Courses alimentaires gratuites, repas servis 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 dans le quartier général, 200 dollars de livraisons de repas remboursés quotidiennement pour les bureaux de New York, voyages intégralement remboursés sans réelle question, massages, large flotte de véhicules au carburant prépayé... Sam Bankman-Fried, aux petits soins pour son personnel, ne reculait devant rien, pas même la plus élémentaire des raisons entrepreneuriales.

Cerise sur le gâteau, ou plutôt olive dans le vermouth: FTX doit la rondelette somme de 55.319 dollars au Margaritaville Beach Resort de Nassau, complexe de loisirs créé par le musicien Jimmy Buffet et société qui fut l'objet d'un épisode de South Park. Dans ce haut lieu du tourisme américain, précise le Financial Times, un cocktail coûte 13 dollars. Plus de 55.000 dollars, ça fait donc beaucoup de cocktails et une très longue ardoise.

«C'était des gamins dirigeant des gamins», explique au quotidien britannique un ancien employé. «L'ensemble était d'une inefficacité stupide, mais en même temps, c'était fascinant. Je n'avais jamais vu autant d'argent de toute ma vie. Je pense que c'était le cas de tout le monde, y compris SBF.»

Tout ceci, bien sûr, se faisait à la petite semaine, sans aucun contrôle –même dans le cas des achats de biens immobiliers aux Bahamas, dans des conditions parfois douteuses. Racheter les droits du nom du stade du Heat à Miami, pour 135 millions de dollars? Sponsoriser Mercedes, l'une des écuries de F1 les plus chères du plateau?

Aucun problème et pas beaucoup plus de formalités. Et ce malgré les réticences de quelques personnes en interne, conscientes que de telles dépenses étaient somptuaires mais ne rapporteraient rien. «C'est devenu fou. Si Sam disait “OK”, alors on y allait. Quel que soit le montant», témoigne un insider.

Avec l'argent des investisseurs extérieurs transitant par la plateforme, qui a tenu jusqu'à 32 milliards d'actifs, des prêts semble-t-il aussi larges que douteux ont même été accordés aux cadres les plus élevés de l'entreprise. Quant aux notes de frais, elles se réglaient sur la messagerie interne de l'entreprise: un salarié demandait à pouvoir effectuer une dépense, un cadre lambda lui répondait par un simple émoji, et c'était tout.

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