Debout mais pâlot, Donald Trump sort de l'hôpital Walter Reed, le 5 octobre 2020. | Saul Loeb / AFP
Debout mais pâlot, Donald Trump sort de l'hôpital Walter Reed, le 5 octobre 2020. | Saul Loeb / AFP

Le traitement de Trump, une trop belle aubaine pour Regeneron

Le président a reçu un médicament encore en phase d'essai: le laboratoire et ses actionnaires se frottent les mains.

La communication officielle comme officieuse autour de la santé du président Trump, testé positif au Covid-19 le 2 octobre 2020, a connu quelques brusques soubresauts. On sait néanmoins ce que l'équipe médicale en charge lui a administré.

Pas d'hydroxychloroquine étrangement, bien qu'il en fût l'un des plus ardents zélateurs, mais un cocktail inédit de molécules faisant du président américain l'un des cobayes les plus en vue de la recherche contre la maladie.

Parmi ces traitements a figuré une injection (massive) de huit grammes de REGN-COV2, le cocktail d'anticorps de synthèse de Regeneron. Le président américain a également reçu du remdesivir, molécule mise au point par Gilead et qui fut longtemps l'un des plus fameux candidats au statut de traitement star du Covid-19, avant de voir son efficacité réelle contestée. Soulevant quelques doutes sur la sériosité de son état, ses médecins lui ont enfin administré de la dexamethasone, un corticostéroïde ayant prouvé son efficacité dans les cas les plus graves.

Mais c'est bien le produit de Regeneron qui a reçu le plus de publicité. C'est une aubaine pour la firme –mais elle soulève de nombreuses questions. Comme le rappellent les médias américains, aucun traitement n'a été officiellement approuvé dans la lutte contre le Covid-19. S'il est prometteur, le REGN-COV2 n'est encore qu'en phase de test: son administration à Donald Trump a donc été faite à titre «compassionnel».

«Tout ce que je peux dire, c'est que l'on nous a demandé à pouvoir l'utiliser, et nous avons été ravis d'aider», a expliqué au New York Times le docteur Leonard S. Schleifer, l'un des deux milliardaires à la tête de Regeneron. «Et quand c'est le président des États-Unis qui fait la demande, bien entendu, nous y prêtons attention», précise l'Américain.

L'attention est d'autant plus grande que les deux hommes se connaissent et se fréquentent depuis longtemps: Schleifer croise l'actuel locataire de la Maison-Blanche depuis des années dans son très luxueux club de golf de Westchester County.

Risque de collusion

Et alors que l'industrie pharmaceutique, comme toutes les autres et sans doute plus encore, étant donné les enjeux, se livre à une guerre sans merci pour imposer de nouveaux médicaments dans le traitement du Covid-19, l'affaire est un formidable coup de communication pour Regeneron, et un bonus inespéré pour ses actionnaires.

Alors que les Américain·es continuent de mourir massivement du Covid-19, la question de l'accès privilégié à un traitement expérimental peut être posée –le fait que le patient est l'un des personnages les plus importants dans la marche du monde y répond néanmoins assez simplement.

La question de la sécurité de la décision médicale pourrait aussi se poser. Court-circuiter les processus habituels de validation sanitaire d'un nouveau médicament et administrer un produit n'ayant reçu aucun aval officiel de la part de la FDA aurait pu s'avérer risqué pour la santé de Donald Trump.

Mais comme le note Bloomberg, il est fort probable que ses médecins, tout comme la Maison-Blanche, aient eu accès à l'intégralité des données liées à l'étude en cours, et que celles-ci aient été suffisamment positives pour parier sur l'innocuité du traitement.

Selon le site américain, c'est une «validation ultime» pour Regeneron et le REGN-COV2 qui, face à d'autres firmes pharmaceutiques travaillant sur des produits similaires, Eli Lilly & Co. ou AbCellera Biologics notamment, dispose désormais d'un avantage concurrentiel énorme.

Wall Street l'a très vite compris. Déjà en hausse de près de 60% sur l'année 2020, le cours de Regeneron a gagné près de 10% après l'annonce par la Maison-Blanche de l'administration de REGN-COV2 au président Trump.

Les investisseurs et investisseuses habituelles de la firme se sont sans doute frotté les mains. Mais le fait qu'un nombre non négligeable de personnes, dans l'entourage du président, aient été mis au courant au préalable de cette annonce pose aussi question. L'occasion fait le larron, et celle-ci était peut-être trop belle pour ne pas pousser quelques initié·es à tenter un gros coup en bourse, malgré l'évidente illégalité de la chose.

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