En favorisant un cacao dit «durable», gouvernements, ONG et multinationales du chocolat maintiennent les cultivateurs et cultivatrices d'Afrique dans la précarité. | Issouf Sanogo / AFP
En favorisant un cacao dit «durable», gouvernements, ONG et multinationales du chocolat maintiennent les cultivateurs et cultivatrices d'Afrique dans la précarité. | Issouf Sanogo / AFP

Le cacao durable enferme les producteurs dans la pauvreté

En défendant la matière première dont elles tirent leur profit, les multinationales du chocolat empêchent les exploitant·es de se dessiner un autre avenir.

Écrit par le chercheur Michael E Odijie, le texte publié par Quartz et condensant un article paru dans l'International Journal of Agricultural Sustainability est cinglant pour les multinationales du chocolat comme pour les instances, gouvernementales ou non, mettant en place des initiatives de culture durable du cacao.

Le post-doctorant de l'université de Cambridge note que l'industrie mondiale du chocolat pesait 93 milliards d'euros en 2017, mais que les agriculteurs et agricultrices d'Afrique de l'Ouest sont désormais plus pauvres que dans les années 1970 ou 1980.

Néocolonialisme

Michael E Odiji a exploré les tenants et aboutissants de programmes tels que le CocoaAction, mis en place en 2014 et visant une culture durable. Ses conclusions sont claires: en enfermant les producteurs de cacao dans une culture unique, ces politiques n'ont été selon lui dessinées que dans l'intérêt des grandes firmes du chocolat, afin de ne pas les priver de la matière première dont elles tirent leur profit.

Le chercheur explique que pour voir leur condition s'améliorer, les exploitant·es de cacao devraient diversifier leurs cultures, avec du caoutchouc ou de l'huile de palme par exemple, et éviter de ne dépendre que de la seule précieuse fève.

La culture du cacao épuise les sols, obligeant les cultivateurs et cultivatrices à procéder à des déforestations massives pour trouver de nouvelles terres fertiles. Quand ce n'est plus possible, parce que la forêt n'est pas infinie ou que les programmes comme CocoaAction poussent à une agriculture plus sédentaire, les coûts d'exploitation augmentent du fait de l'utilisation impérative d'engrais et d'insecticides coûteux.

Les besoins en main-d'œuvre croissent également, si bien que les plantations ont de plus en plus recours au travail des enfants. Pour éviter un effondrement complet, mais sans extirper pour autant les populations concernées de la misère, les gouvernements se voient dans l'obligation de subventionner massivement la culture du cacao, au prix de dettes publiques considérables.

«La culture durable du cacao n'est pas une vision d'avenir», conclut Michael E Odiji, ajoutant qu'elle est «une nouvelle forme de colonisation de l'Afrique». Selon lui, il est temps pour les gouvernements africains de donner la priorité aux véritables intérêts de leurs paysans plutôt qu'aux besoins des consommateurs et consommatrices de chocolat en Occident.

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