Derrière les bonnes nouvelles, des horizons plus sombres. | David Ryder / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Une nouvelle menace plane sur Boeing: la fuite des cerveaux

L'entreprise ne fait pas plus rêver les financiers que les jeunes ingénieurs.

En apparence, tout va bien. Boeing a renoué avec les bénéfices au deuxième trimestre 2021 avec 587 millions de dollars de profits, bien loin de la perte abyssale de 2,4 milliards sur la même période l'an dernier.

L'avionneur a enregistré 180 nouvelles commandes et semble enfin s'extirper de l'affaire du 737 Max, cloué au sol pendant deux ans après des problèmes de sécurité.

Mais ces bonnes nouvelles cachent la montagne de déboires de l'entreprise au cours des dernières années. Les incidents du 737 Max, suivis de ceux du 787 Dreamliner et du 777X, ont révélé de graves dysfonctionnements dans la surveillance qualité et sapé la réputation de l'entreprise.

En décembre 2019, le vol d'essai de la capsule Starliner, censée concurrencer la Crew Dragon de SpaceX dans le domaine des fusées orbitales, s'était soldé par un échec retentissant en raison d'une grave erreur de logiciel.

Pour faire des économies, Boeing a aussi renoncé à de nombreux projets comme le programme XSP de petit lanceur orbital ou le NMA (new mid-market airplane), un biréacteur censé remplacer les 757 et 767.

L'an dernier, l'avionneur a réduit ses dépenses de recherche et développement de 23% l'année dernière par rapport à l'année précédente, souligne Bloomberg.

L'intelligence migre

Tout cela a découragé de nombreux jeunes ingénieurs, entraînant une véritable fuite des cerveaux. «Plus de 3.200 ingénieurs et techniciens ont quitté le centre de fabrication de Seattle depuis le début de l'année dernière, soit environ 18% des effectifs du syndicat qui les représente», alerte Bloomberg.

Et où vont ces têtes bien faites? Chez les champions du numérique, qui offrent des possibilités d'épanouissement et des salaires parfois mirobolants.

Environ 1.100 anciens employés de Boeing travaillent désormais pour Amazon, selon des données LinkedIn, et au moins 200 anciens employés ont atterri chez SpaceX. Une véritable aubaine pour ces entreprises qui profitent de l'expertise poussée d'ingénieurs parmi les meilleurs au monde.

Un ex-vétéran de Boeing, David Carbon, qui a notamment collaboré au programme 787 Dreamliner, supervise désormais l'unité Amazon chargée de créer une flotte de drones de livraison.

Bob Whittington, «une légende dans le monde de l'aviation», a lui aussi quitté Boeing l'an dernier pour rejoindre le géant du e-commerce, qui engrangeait alors les profits en pleine pandémie.

Boeing ne laisse pourtant paraître aucune inquiétude, soulignant que l'entreprise fait toujours rêver et qu'il est aussi capable d'attirer les talents, avec par exemple le recrutement comme vice-présidente de Jinnah Hosein, une vétérante de SpaceX.

Mais pour certains analystes, l'exode des cerveaux va irrémédiablement entraîner la perte d'une précieuse expérience acquise de longue date. Boeing paye ainsi sa stratégie purement financière, pointe du doigt Bloomberg.

«Au cours de la dernière décennie, les dirigeants de Boeing ont été obsédés par les coûts et procédé à des rachats massifs d'actions pour impressionner Wall Street, explique le site. Cette stratégie a fait de Boeing l'entreprise la plus performante de l'indice Dow Jones, mais le laisse mal préparé devant la nouvelle concurrence.»