Que faire? | Jp Valery via Unsplash
Que faire? | Jp Valery via Unsplash

Le cercle très vicieux des taux d'intérêt bas et des inégalités

Les deux phénomènes se nourrissent l'un de l'autre.

Depuis de nombreuses années, on observe une baisse inexorable des taux d'intérêt de la BCE, qui sont carrément tombés à zéro depuis 2016. La tendance est la même aux États-Unis, malgré une toute petite remontée entre 2016 et 2020.

Sur le plan conjoncturel, on peut bien sûr évoquer les politiques de relance des banques centrales, qui prêtent de l'argent gratuitement pour tenter de relancer l'économie et l'inflation.

Mais la même tendance est à l'œuvre en excluant l'intervention des banques centrales. Ce taux d'intérêt «naturel», ou taux neutre (R*), reflète le taux d'intérêt réel qui équilibre l'épargne et l'investissement dans un environnement de plein emploi et de stabilité des prix.

Or, «en zone euro comme aux États-Unis, R* a baissé de 150 à 200 points de base au cours des quinze dernières années», rappelle François Villeroy de Galhau, le directeur de la Banque de France. «La tendance à la baisse des taux d'intérêt nominaux mondiaux s'inscrit dans un mouvement de près de quarante ans» qui s'explique par des changements structurels tels que le vieillissement de la population ou le ralentissement de la productivité et de la croissance.

Inégalités criantes

Mais selon une nouvelle étude publiée lors de la conférence annuelle de la Réserve fédérale américaine, le principal facteur qui tire à la baisse les taux d'intérêt est la montée des inégalités.

En effet, plus l'épargne augmente, plus R* diminue. Et comme les ménages aisés ont tendance à plus épargner que ceux à faible revenu, cela se reflète sur les taux d'intérêt. «La part du revenu allant aux 10% supérieurs des ménages a augmenté régulièrement depuis les années 1980 et correspond presque exactement à la tendance à la baisse du taux neutre», avancent ainsi les économistes à l'origine de l'étude.

«Même les effets démographiques (le fait qu'il y a de plus en plus de personnes âgées qui épargnent davantage) ne jouent pas autant que les inégalités», pointent-ils du doigt.

Selon une étude du Pew Research Center, le revenu médian des ménages modestes a progressé de 43% entre 1970 et 2018, contre 64% pour les ménages à revenu élevé.

L'ironie du sort est que la politique de taux bas augmente elle-même les inégalités. En gonflant artificiellement les prix de l'immobilier et des actions, des actifs majoritairement détenus par les plus riches, elle accentue les écarts de revenu et de patrimoine entre les ménages aisés et ceux à faible revenu.

Et la situation n'est pas près de s'arranger. Pour relancer une hausse des taux d'intérêt, il y a trois solutions possibles, détaille Patrick Arthus, chef économiste chez Natixis:

  • une hausse permanente de l'inflation, qui nécessite une accélération des salaires (ce qui ne semble pas être à l'ordre du jour);
  • un excès de l'investissement mondial sur l'épargne (là encore peu probable vu que les ménages semblent assez peu enclins à dépenser les sommes stratosphériques qu'ils ont accumulées sur leur compte en banque durant la crise);
  • une politique délibérée des banques centrales, celles-ci se heurtant à la pression des États qui ne veulent absolument pas voir le montant de leurs intérêts augmenter.

Bref, une situation de blocage complet qui n'augure rien de bon, sauf pour les États cigales, qui peuvent joyeusement continuer à s'endetter sans conséquence.

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