Le bitcoin ne fait pas que des heureux au Salvador. | Marvin Recinos / AFP
Le bitcoin ne fait pas que des heureux au Salvador. | Marvin Recinos / AFP

Une faille du bitcoin salvadorien a permis une fraude géante

Les «scalpers» ont pu s'enrichir sans limite sur les transactions.

Le 7 septembre, le Salvador est devenu le premier pays au monde à faire du bitcoin sa monnaie officielle (en plus du dollar américain).

L'adoption de la cryptomonnaie a pour objectif de réduire le montant des commissions sur les envois de fonds depuis l'étranger des expatriés, faciliter l'accès des citoyens sans compte bancaire (soit sept habitants sur dix) aux services financiers et attirer de nouveaux investissements étrangers. Chacun a ainsi la possibilité d'ouvrir un portefeuille numérique Chivo, où il peut acheter et vendre ses bitcoins.

Mais une faille du système, comme l'explique New Scientist, permet aux traders de s'enrichir en toute légalité et aux frais de l'État. Pour encourager les échanges et offrir une certaine visibilité sur les prix (histoire que votre steak n'ait pas augmenté de 10% entre le moment où vous le commandez au restaurant et où le serveur valide la transaction), le portefeuille Chivo permet de «geler» les prix durant soixante secondes après la transaction.

Un délai exploité par les traders pour pratiquer un «scalping» agressif, technique qui consiste à prendre des positions de très courte durée (quelques secondes ou quelques minutes) pour empocher la différence entre le prix d'achat et de vente.

Si la valeur du bitcoin augmente durant la minute de latence, les traders achètent la cryptomonnaie à sa valeur «gelée», et si elle diminue, ils vendent leur position. Alors que ce risque est habituellement couvert par les frais de commission sur les grandes plateformes de trading, dans le cas du Chivo, c'est l'État et donc l'ensemble des contribuables qui assument les pertes éventuelles.

Le 18 octobre, le gouvernement salvadorien a fini par jeter l'éponge et annoncé la suspension du gel de soixante secondes, dénonçant les personnes qui utilisent le système pour «frauder» et «s'enrichir sans limite». Les utilisateurs sont à présent limités à une transaction toutes les trois minutes.

Crypto-désastre

Cette affaire risque de saper un peu plus la confiance déjà très faible des Salvadoriens envers le bitcoin. Une étude publiée juste avant le lancement de la cryptomonnaie en septembre montrait que 70% des citoyens étaient opposés au bitcoin en tant que monnaie officielle et que neuf personnes sur dix ne savent tout simplement par ce qu'est le bitcoin ou n'en ont qu'une idée vague.

Mi-octobre, des manifestants scandant «No bitcoin» ont défilé dans les rues de la capitale San Salvador pour dénoncer la décision unilatérale du président Nayib Bukele et les nombreux dysfonctionnements du portefeuille numérique.

Et si plus de 3 millions de Salvadoriens ont téléchargé un portefeuille Chivo en un mois, c'est sans doute plus pour profiter des 30 dollars offerts par le gouvernement à l'ouverture du compte que pour réellement s'en servir. 93% des entreprises du pays affirment ainsi n'avoir jamais reçu le moindre paiement en bitcoins.

Les États-Unis se sont eux aussi élevés contre la mesure, arguant que cela allait favoriser le blanchiment d'argent et les trafics. Pas de quoi inquiéter le gouvernement, qui estime qu'il ne s'agit que de simples «problèmes d'apprentissage». Pour l'instant, le bitcoin continue à voguer de records en records. Le 20 octobre, il a franchi la barre des 67.000 dollars (près de 58.000 euros).

En ce moment

Le patron de l'Agence spatiale européenne entre en guerre contre Elon Musk

Tech

Le patron de l'Agence spatiale européenne entre en guerre contre Elon Musk

L'Europe ne doit pas laisser le milliardaire faire de l'espace son Far West personnel.

L'engouement pour la fusion nucléaire va-t-il enfin payer?

Tech

L'engouement pour la fusion nucléaire va-t-il enfin payer?

Les capitaux affluent, mais la promesse pourrait être un peu trop belle.

Rafale: comment l'avion «invendable» engrange désormais les succès

Tech

Rafale: comment l'avion «invendable» engrange désormais les succès

Le fleuron de l'armée française a longtemps enchaîné les déboires à l'export.