Du frigo à la poubelle vraiment rapidement. | Pascal Pochard-Casablanca / AFP
Du frigo à la poubelle vraiment rapidement. | Pascal Pochard-Casablanca / AFP

Comment les pays occidentaux gâchent des centaines de millions de doses de vaccin

Dont le reste du monde a cruellement besoin.

Les scientifiques ne cessent de le rappeler: une lutte globale efficace contre la pandémie de Covid-19 ne peut passer que par une action internationale et concertée, et une campagne de vaccination massive et mondiale.

Or, malgré une pénurie initiale dont les conditions commencent à s'améliorer, les politiques de protectionnisme et d'accaparement qui prévalent depuis l'arrivée sur le marché des vaccins occidentaux –Pfizer-BioNTech, Moderna, AstraZeneca– mettent cet impératif au placard.

Pire: comme l'explique un article publié par le British Medical Jounal, les pays riches sont assis sur des centaines de millions de précieuses doses de vaccin, dont ils doivent régulièrement détruire ceux atteignant leur date péremption –comme de vulgaires yaourts, qui pourraient pourtant sauver des dizaines voire des centaines de milliers de vies.

Aux États-Unis, le ralentissement de la campagne vaccinale implique par exemple que les États disposent, dans leurs frigos, de dizaines de millions de doses inutilisées, et dont une partie pourrait purement et simplement finir à la poubelle.

Pour s'assurer une fourniture la plus rapide possible et appuyer financièrement le travail des laboratoires, la Grande-Bretagne, comme les États-Unis ou l'Union européenne, ont passé des commandes massives de vaccins avant même qu'ils ne soient prêts. Les chiffres donnent le tournis: le Royaume-Uni devrait recevoir au total 467 millions de doses en 2021.

Cela fait sept doses par habitant, explique au British Medical Jounal Caroline Casey, analyste pour Airfinity. «Cela signifie que le gouvernement disposera d'un surplus de 219 de doses en 2021, en considérant que 80% des personnes de plus de 16 ans sont vaccinées, et que des boosters seront administrés aux personnes à haut risque d'ici fin septembre 2021.»

«Lorsque le gouvernement aura offert les 30 millions de doses qu'il s'est engagé à fournir à d'autres nations, cela fait un surplus de 189 millions, poursuit-elle. En 2022, ce chiffre pourrait atteindre 421 millions de doses.»

Péremption

Ces vaccins ont une date de péremption courte, initialement fixée à six mois en raison du caractère exceptionnel et urgent de leur autorisation de mise sur le marché. «La durée de vie de ces vaccins a été basée sur les données disponibles lors de la soumission», explique au journal britannique la Medicines and Healthcare products Regulatory Agency (MHRA).

«Une date de péremption plus lointaine n'a été décidée pour aucun des vaccins autorisés, et il est important de noter qu'une extension nécessiterait des preuves scientifiques issues d'études de stabilité solides», poursuit la même agence.

S'il n'y a aucune preuve que les vaccins, notamment ceux dont l'ARN messager est encapsulé dans des nanoparticules lipidiques, pourraient être moins efficaces passés ces six mois, il n'en existe pas encore de plus robuste pour étendre ces dates d'expiration.

Les destructions de stocks ne sont ainsi plus des événements rares; elles ont été rapportées en Grande-Bretagne, au Canada, en Israël ou dans l'Union européenne. Mais le mal est d'une certaine manière fait, car mettre ce surplus à disposition des pays pauvres et moins bien lotis n'a rien de simple.

Outre d'évidents problèmes de logistique et d'équipement, notamment pour la chaîne du froid particulière que nécessitent les vaccins à ARN messager, se pose un problème moral. En mars 2021, le Malawi, l'un des pays les moins vaccinés au monde, a ainsi détruit 20.000 doses du vaccin d'AstraZeneca, dont la date de péremption était fixée au 13 avril –l'administration d'une seconde dose aurait été faite après cette date fatidique.

«Nous détruisons publiquement ces stocks par responsabilité envers les Malawiens», avait alors expliqué le ministre de la Santé du pays, Khumbize Chiponda, mettant en avant un principe de précaution à la fois logique et dramatique: les pays pauvres ne peuvent être considérés par les nations riches comme une poubelle de la dernière chance. Comme le note le British Medical Jounal, la même mésaventure est arrivée au Soudan (59.000 doses détruites), ou en Afrique du Sud.

Le problème est à la fois structurel (l'accaparement initial des doses par les pays riches), conjoncturel (il faut de toute urgence allonger, données fiables à l'appui, la durée de vie de ces vaccins) et politique (les nations les mieux dotées doivent immédiatement et massivement rediriger les flux vers celles aux besoins les plus urgents). Si le monde veut sortir plus clairement et durablement de l'ornière pandémique, il faut le régler, et le faire vite.

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