Un paysan récoltant du café au Honduras. | Orlando Sierra / AFP
Un paysan récoltant du café au Honduras. | Orlando Sierra / AFP

La big data donne du grain à moudre au café

La start-up Cropster a lancé un outil visant à sortir les producteurs de café de la pauvreté –avec, à terme, de plus vastes ambitions.

Chaque année, rapporte Bloomberg, 500 milliards de tasses de café sont bues à travers le monde, soit près du double de la consommation d'il y a dix ans. Pourtant, les quelque 20 millions de producteurs de l'industrie font face à une crise sans précédent.

Le cultivateur Raul Perez qui détient une importante plantation au Guatemala en sait quelque chose. Au cours des quatre dernières années, sa production n'a cessé de fluctuer, passant de 91 tonnes à seulement 30. Des baisses inédites dues au changement climatique, à la récurrence de la sécheresse ou encore à l'invasion de champignons et d'insectes mettant à mal ses plantations.

Complexe par nature, la filière est très fragmentée et, avant de se retrouver dans votre tasse, le grain de café est passé par de nombreuses mains afin d'être récolté, séché, fermenté, stocké, importé, torréfié, éventuellement moulu avant d'être enfin prêt à consommer.

Yannis Apostolopoulos, à la tête de la Specialty Coffee Association, explique que «ce système remonte au colonialisme. Pendant des siècles, le Nord consommateur s'est approvisionné chez le Sud producteur. Aujourd'hui, ce déséquilibre existe toujours.»

Du grain à la tasse

Constatant, lui aussi, que les cultivateurs gagnent toujours moins alors que les gens sont prêts à débourser toujours plus pour leur café, Norbert Niederhauser, un chef d'origine autrichienne, a décidé de fonder Cropster, une start-up qui permet aux cultivateurs, importateurs, torréfacteurs et vendeurs d'enregistrer et d'analyser de nombreuses données.

Pour 15 dollars mensuels, les cultivateurs peuvent ainsi avoir recours à une application leur permettant d'analyser aussi bien les nutriments de leurs sols que la récolte de leurs graines.

Ils peuvent y entrer les variétés de leurs plants, le nom des engrais, herbicides et leur date d'utilisation, mais également l'irrigation de leurs sols, le calendrier des précipitations, les niveaux d'ombre et d'humidité, les dates de maturation et de récolte, leur méthode de stockage et d'autres variables agronomiques leur permettant de mieux déterminer le volume, la qualité et la régularité de leur production.

Quant aux importateurs et exportateurs, Cropster leur offre la possibilité de gérer leur inventaire, de contrôler la qualité et régularité de leurs grains. Les torréfacteurs, eux, peuvent suivre le processus de torréfaction à la seconde près en contrôlant la vitesse, la chaleur et la ventilation de leurs machines.

En 2016, Niederhauser et ses équipes ont lancé Cropster Hub, qui met en relation torréfacteurs et cultivateurs. Une initiative saluée par Geoff Watts, vice-président d'Intelligentsia Coffee, entreprise et détaillant américain de torréfaction de café basée à Chicago.

«Il y a 10 ans, la seule manière de rencontrer un cultivateur était de voyager dans le pays d'origine, pour visiter la plantation et rapporter des échantillons. Désormais, on trouve tout en ligne et vous pouvez recevoir votre échantillon par FedEx», explique-t-il à Bloomberg. Selon lui, ce système pourrait aider les petits producteurs qui ont du mal à se faire une place sur le marché mondial.

Un commerce pas vraiment équitable

Fier de son succès, Cropster pourrait prochainement s'étendre à d'autres cultures telles que le thé, le cacao ou les noix. Mais la technologie a tout de même ses limites et de nombreux cultivateurs ne possèdent ni smartphone ni tablettes.

Si Cropster travaille en partenariat avec des ONG locales pour leur en fournir et peut aujourd'hui s'enorgueillir de compter 100.000 utilisateurs, certains problèmes se révèlent fondamentalement structurels.

D'après Tyler Youngblood, propriétaire de la société Azahar Coffee, importateur spécialisé dans le café colombien, la multiplication d'intermédiaires se fait au détriment des cultivateurs et si de grands noms de l'industrie tels que Starbucks ou McDonald's ont formulé le souhait de favoriser le commerce équitable, un grand nombre de cultivateurs ne réussit pas à dégager un revenu minimum de subsistance.

Azahar Coffee, qui travaille avec 1.500 petits producteurs, plaide en faveur d'une stabilisation des prix, ce qui pour Tyler Youngblood demeure la seule manière véritable de garantir un peu plus d'équité.

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