Pour 100 bucks, t'as plus rien. | Giorgio Trovato via Unsplash
Pour 100 bucks, t'as plus rien. | Giorgio Trovato via Unsplash

Un dollar trop fort place le monde au bord du précipice

En luttant contre l'inflation chez elle, la Fed installe le chaos partout ailleurs.

«Shocking!» Si la tendance était claire depuis quelques semaines, la dégringolade s'est accélérée ces derniers jours et la livre sterling, d'une faiblesse jamais vue depuis des lustres, a fini par frôler la parité avec le dollar, donc avec un euro pas beaucoup plus fringant.

Pire, selon certains économistes, la Pound sterling (qui ne changera pas de visage royal avant 2024) devrait continuer sa grande glissade dans les mois qui viennent, et valoir moins que les monnaies américaines ou européennes.

Pour le Royaume-Uni et sa nouvelle Première ministre très à droite, Liz Truss, c'est un désastre supplémentaire à gérer en plus des marchés qui s'effondrent (Bloomberg évoque, assassin, une chute de 500 milliards de dollars depuis son entrée en fonction) ou en plus du FMI, pourtant pas la plus marxiste des institutions, qui lui a officiellement tapé sur les doigts en raison d'un programme économique jugé inefficace et trop inégalitaire.

La crise est donc (déjà) politique, en plus d'être économique. Car une livre sterling qui s'effondre, cela signifie par exemple, pour une nation empêtrée dans une inflation ayant dépassé en juillet les 10%, un renchérissement du prix de l'énergie, et ce alors que la crise n'a jamais été si aigüe: le cercle est vicieux et la tempête va se renforcer.

Mais comme l'expliquent le New York Times et Quartz, notamment, la livre n'est pas la seule à flancher face au dollar: celui-ci règne sans partage sur un monde de devises qui, toutes ou presque, sont en train de dégringoler. Et en pratiquant une politique logique de hausse de ses taux directeurs pour lutter contre l'incendie inflationniste, la Fed et Jerome Powell font ainsi grandement souffrir le reste du monde.

La douleur du dollar

Car s'il a connu une discrète érosion, le dollar reste la monnaie de réserve de choix pour l'ensemble du monde, en particulier en temps de crise –Covid, guerre en Ukraine– quand sa vieille solidité constitue à nouveau un havre pour des investisseurs précautionneux. Il est aussi une monnaie d'échange: plus de 40% des transactions internationales se font en dollars.

C'est mathématique: si votre monnaie perd de la valeur, vos achats en dollars coûteront plus cher. Or, c'est le cas pour toutes les nations utilisant l'euro (brièvement passé sous la parité fin août), la livre sterling, le renminbi chinois (lui aussi en grande souffrance), le dollar australien, le franc suisse, le won coréen, etc.

Partout dans le monde, tout (ou presque) ce qui est importé coûte plus cher, ce que ne compensent que rarement des exportations temporairement plus rémunératrices. Comme l'explique le New York Times, les exemples de la Somalie ou du Nigeria, où les prix des aliments de base sont déjà élevés, sont parmi les plus terribles: un dollar fort peut y renforcer d'importantes famines.

Un dollar fort pèse aussi lourdement sur la dette des nations, si elle est constituée de cette même devise. Un cas extrêmement courant, notamment dans les pays émergents: à nouveau, l'Argentine se retrouve au bord du défaut, tout comme l'Égypte ou le Kenya.

Patricia Cohen, pour le New York Times, donne des exemples chiffrés très parlants. «Considérez qu'il y a un an, 100 dollars de pétrole ou de paiement de la dette coûtaient 1.572 livres égyptiennes, 117.655 wons coréens ou 41.244 nairas nigérians, écrit-elle. Disons qu'il n'y a pas eu de hausse des prix ou d'inflation. Aujourd'hui, simplement du fait du renchérissement du dollar, ces mêmes 100 dollars coûtent 1.950 livres égyptiennes, 143.158 wons coréens ou 43.650 nairas nigérians.»

Bien sûr, les pays les plus pauvres et les populations les plus vulnérables paient le prix le plus élevé pour cette politique monétaire américaine, qui exporte dans le reste du monde l'inflation contre laquelle elle lutte en interne.

Le risque est social, avec des manifestations contre les prix chers, comme en Indonésie ou au Sri Lanka, qui pourraient rapidement s'étendre. Et le risque est durable. Pour soutenir leurs devises face au dollar, les banques centrales peuvent décider d'une hausse de leurs propres taux, comme l'ont fait ces dernières semaines l'Afrique du Sud, la Suède, l'Argentine, les Émirats arabes unis, le Brésil, l'Indonésie, la Norvège, la Suisse et d'autres.

Mais des taux plus élevés se traduisent par un ralentissement des économies et par un plus grand risque de récession. La Banque mondiale a ainsi prévenu cette semaine que le monde pourrait entrer dans une récession globale en 2023 si les nations allaient trop loin en ce sens.

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