Ça chauffe pour le secteur énergétique européen. | Ilse Driessen via Unsplash
Ça chauffe pour le secteur énergétique européen. | Ilse Driessen via Unsplash

L'Europe se dirige droit vers un désastre énergétique

Le scénario de black-outs de grande ampleur n'est pas écarté.

«Ça pourrait devenir vraiment moche si nous ne réagissons pas pour essayer de remplir chaque espace de stockage. On peut survivre une semaine sans électricité, mais pas sans gaz.» La phrase, citée par Bloomberg, est prononcée par Marco Alvera, patron de la compagnie énergétique italienne Società nazionale Metanodotti (SNAM).

Inquiétante, elle décrit la panique qui gagne l'Europe alors que l'hiver approche et qu'elle s'enfonce dans une crise énergétique sans précédent. «Ça va coûter cher aux foyers, ça va coûter cher aux gros consommateurs d'énergie», explique de son côté Dermot Nolan, ex-patron du régulateur britannique, le Bureau des marchés du gaz et de l'électricité (OFGEM). «Les prix de l'électricité et du gaz vont être plus élevés dans les foyers que quiconque ne le souhaiterait, et ils vont être plus élevés qu'ils ne l'ont été ces douze dernières années.»

Il y a de quoi être anxieux: les prix de gros du gaz naturel ont plus que triplé ces douze derniers mois, avec une très nette accélération depuis janvier 2021, puis lors de l'été qui a suivi.

Au Dutch TTF, hub européen d'importance pour les échanges énergétiques, le prix du mégawatt-heure est ainsi passé de 16,74 euros le 31 décembre 2020 à 50,9 euros au 30 août 2021, et devrait gagner plus de 20 euros d'ici fin septembre.

Les causes de ce marasme sont multiples. Certains pays ont précipitamment fermé leurs centrales nucléaires ou à charbon pour accélérer leur transition énergétique, se rendant de facto dépendants d'énergies renouvelables dont la production a, ces derniers mois, été perturbée par des conditions météorologiques défavorables.

La demande mondiale en gaz naturel, de son côté, explose en même temps que la reprise économique globale confirme sa robustesse. La Russie, principal pays fournisseur de l'Europe et ravi de ces prix stratosphériques, se tourne de plus en plus vers l'Asie qui, de son côté, met tout en œuvre pour mettre la main sur ce qui sort de ses exploitations. Et si la Norvège promet d'augmenter la production de ses plateformes en mer du Nord, celles-ci peinent à fournir autant du précieux gaz qu'avant la pandémie.

Black-outs

Cette crise a déjà des conséquences très concrètes. En Grande-Bretagne, qu'elle touche le plus durement pour le moment, et où l'incendie de l'une des principales lignes électriques entre le pays et le continent n'a rien arrangé, l'intégralité du secteur est sous tension et certains opérateurs d'importance pourraient s'effondrer.

Par ailleurs, dans ce qui est une première, mais sans doute pas une dernière, deux usines de CF Industries Holdings, un important producteur d'engrais, ont dû fermer du fait des prix trop élevés de l'énergie.

Les conséquences vont au-delà de la fourniture d'engrais: l'industrie agroalimentaire dépend ainsi fortement du CO2 que lui fournissent également ces usines, et les producteurs, notamment de viande, annoncent d'ores et déjà qu'une profonde et longue crise guette, dans un pays où le Covid-19 et le Brexit ont déjà considérablement compliqué la logistique.

Partout en Europe, les réserves de gaz naturel –généralement reconstituées avant l'hiver– sont restées au plus bas, et ces prix élevés comme les grandes tensions sur la fourniture mondiale n'ont pas permis de remplir les stocks, en prévision de la saison froide ou du pic de demande dû à la reprise économique.

L'avenir économique et domestique du continent et des peuples qui l'habitent va donc, ces prochains mois, fortement dépendre de la météo. Si elle reste clémente et sans froids extrêmes, la crise sera là et touchera les industries comme les foyers –l'Espagne a déjà pris des mesures pour protéger ses habitants d'une hausse incontrôlée des factures, et d'autres devraient suivre.

Mais en cas d'hiver polaire, et si le vent ne forcit pas et ne permet pas aux éoliennes de combler quelque peu le manque de gaz naturel, certains spécialistes préviennent: comme c'est arrivé au Texas il y a quelques mois, l'Europe pourrait être exposée à de larges black-outs, qui frapperaient en particulier le secteur industriel et pourraient fortement écorner sa reprise économique post-pandémique.

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