Hui Ka Yan et le coach Marcello Lippi lors de la signature de l'Italien au poste d'entraîneur du Guangzhou Evergrande, le 15 mai 2012 à Canton. | AFP

Hui Ka Yan et le coach Marcello Lippi lors de la signature de l'Italien au poste d'entraîneur du Guangzhou Evergrande, le 15 mai 2012 à Canton. | AFP

Evergrande, l'épine géante dans le pied de Xi Jinping

Lourdement endetté et proche de l'effondrement, le géant immobilier trouble la politique autoritaire de Pékin.

Inconnue du public international, Evergrande est surtout célèbre en Chine pour son club de football, le Guangzhou FC. Pourtant, l'entreprise dirigée par le milliardaire Hui Ka Yan est l'un des plus grands promoteurs immobiliers au monde. Evergrande a été pendant des années un acteur important de l'urbanisation à grande vitesse de la Chine, en développant des centaines de projets immobiliers dans tout le pays.

Pourtant, être l'une des entreprises les plus importantes de la seconde économie mondiale n'empêche pas de crouler sous les dettes. Lors de sa période d'expansion, la firme a emprunté sans compter et elle se retrouve désormais au pied du mur, avec des prêts de plusieurs milliards de dollars arrivant à maturation en 2022 mais sans liquidités pour les rembourser.

Evergrande a désespérément besoin de se refinancer ou de réaliser assez de profits pour combler ce trou béant. Problème: en quelques semaines, la cotation boursière du groupe s'est largement affaissée, rendant particulièrement délicates les négociations de Hui Ka Yan avec ses créanciers. La situation de détresse du groupe fait grand bruit: les trois principales agences de notation ont toutes dégradé sa note financière.

Migraine pour Pékin

Au-delà de la société en elle-même, le précipice au bord duquel se trouve ce colosse national donne la migraine au gouvernement chinois. Les ramifications d'Evergrande font de l'éventualité de sa chute une hypothèse catastrophique pour l'économie du pays. Pékin pourrait donc devoir intervenir afin de sauver le géant, en le forçant à se restructurer ou en le renflouant directement.

Or, c'est précisément le message que le gouvernement chinois ne veut pas envoyer. Au contraire, les récentes mésaventures de Jack Ma, l'homme le plus riche de Chine, puis la brutale reprise en main du secteur de la tech et de l'éducation notamment ont lancé un signal clair: aucun milliardaire ni aucune entreprise n'est au-dessus du Parti communiste chinois (PCC), quelle que soit sa fortune ou sa réussite.

Mais à la différence de Jack Ma, note Bloomberg, Hui Ka Yan est toujours resté fidèle au PCC et a joué le jeu en investissant dans les domaines considérés comme stratégiques par le pouvoir: voitures électriques, médecine... Evergrande est même propriétaire du Guangzhou Football Club, sport que Xi Jinping juge vital pour le soft power chinois.

Toutefois, même si le président chinois accepte d'aider l'entreprise, il y a fort à parier qu'il ne sera pas assez patient pour que le milliardaire ait le temps de trouver des capitaux privés. Il serait alors forcé de vendre une partie des activités de son groupe et, comme les autres, de perdre un peu de sa superbe et de rentrer dans le rang.

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