De l'argent qui dort, profondément. | Frederick Tadeo via Unsplash
De l'argent qui dort, profondément. | Frederick Tadeo via Unsplash

La fortune mondiale a triplé en vingt ans (mais pas là où il faut)

La grande majorité de la richesse créée ne sert pas à faire tourner l'économie.

Malgré deux décennies marquées par les crises financières et l'épidémie de Covid, nous n'avons jamais été aussi riches collectivement. En vingt ans, la richesse amassée dans le monde a été multipliée par trois, passant de 156.000 milliards de dollars en 2000 à 514.000 milliards de dollars (453.607 milliards d'euros) en 2020, selon une étude McKinsey. Soit six fois la valeur du PIB mondial.

Le rapport englobe dix des principales économies mondiales (Chine, États-Unis, Allemagne, France, Royaume-Uni, Canada, Australie, Japon, Mexique et Suède), soit 60% de la valeur globale des actifs. À elle seule, la Chine représente un tiers de cette croissance, sa fortune ayant bondi de 7.000 milliards à 120 milliards de dollars en vingt ans.

«Il est frappant de constater la décorrélation entre la croissance du PIB, restée timide au cours de ces deux dernières décennies, et la valeur nette des actifs, qui elle a triplé», observe McKinsey.

Entre 2000 et 2020, le PIB mondial n'a progressé «que» de 151%. L'écart est particulièrement marqué en France, où le montant net des actifs équivaut à 7,7 fois son PIB, soit le deuxième écart le plus important après la Chine. Par comparaison, le multiple n'est que de 1,3 fois aux États-Unis.

La raison de cette croissance ébouriffante tient en un mot: l'immobilier. En France, par exemple, le prix de l'immobilier a bondi de 138% entre 2000 et 2020, et la croissance de la valeur détenue dans la pierre a triplé. Un record mondial!

Capital immobile

Les deux tiers de la richesse mondiale sont aujourd'hui détenus sous forme d'immobilier, alors que les actifs détenus par l'État et les entreprises (infrastructures, machines et équipements) ne représentent que 20% de cette liasse d'argent. Et la part de ces derniers, pourtant considérés comme «productifs» et générateurs de croissance, ne cesse de diminuer, s'inquiète le cabinet d'analyse.

Là encore, la France est championne du monde avec à peine 15% de sa richesse détenue en actifs «productifs» (c'est d'ailleurs bien pour régler ce problème qu'Emmanuel Macron a converti en 2017 l'ISF en IFI - impôt sur l'immobilier).

De manière surprenante, les biens intangibles, comme le capital humain, les marques ou la propriété intellectuelle, restent eux à un niveau ridiculement faible (4%) malgré la numérisation de l'économie, observe McKinsey.

Plus préoccupant encore: les actifs nets détenus par l'État sont minuscules, voire négatifs dans certains pays. Et ce, en raison de l'énorme endettement de ces derniers. En France, par exemple, la richesse de l'État équivaut à peine à 10% du PIB.

Autrement dit, si l'on vendait tous les biens publics comme La Joconde, les participations de l'État dans les entreprises ou dans les hôpitaux et que l'on remboursait toutes nos dettes, il ne resterait à peine l'équivalent d'un peu plus d'un mois de création économique dans les caisses. Et nos yeux pour pleurer.

«Pour retrouver un lien entre la croissance de la richesse et celle du PIB, il faut rendre le capital plus productif», insiste McKinsey. La croissance doit également être plus durable «à la fois pour préserver notre environnement et protéger le système financier», conclut le cabinet d'analyse.

Pas simple quand le premier réflexe dès qu'on a de l'argent de côté est d'acheter une maison ou un appartement. Un réflexe qui n'apporte pas grand-chose à l'économie et qui contribue à l'artificialisation des sols.

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