Un berger lesothan à Butha-Buthe, en août 2019. | Guillem Sartorio / AFP
Un berger lesothan à Butha-Buthe, en août 2019. | Guillem Sartorio / AFP

Comment un seul homme s'est accaparé l'économie de tout un peuple

Guohui Shi a obtenu en 2018 le monopole de l'achat de laine au Lesotho, mais l'homme d'affaires chinois ne paie pas les producteurs.

Les trois quarts des deux millions de Lésothan·es vivent dans des zones rurales. Beaucoup élèvent des chèvres angoras ou mérinos et vendent leur laine en Afrique du Sud, dans laquelle leur pays est totalement enclavé.

Selon Bloomberg, la laine et le mohair du Lesotho représentent une économie de 60 millions d'euros. Cela peut paraître modeste, mais il s'agit de l'une des industries principales du pays et elle compte pour une part conséquente de son PIB, qui s'élève à seulement 2,5 milliards d'euros.

En 2018, le gouvernement du Lesotho a décidé de confier le monopole du commerce de laine et de mohair à la société Maseru Dawning, détenue par Guohui Shi, un homme d'affaires chinois se faisant surnommer «Stone Shi». Désormais, les producteurs lesothans ont donc obligation de vendre leur récolte à une unique entreprise.

Interrogé par Bloomberg, Thesele Maseribane, le ministre de la communication du Lesotho, avance que cette mesure est un bon moyen pour que les ventes s'effectuent à l'intérieur du pays et, partant, pour augmenter les revenus fiscaux.

Pression de l'ambassade

Le Post, un journal lesothan, révèle que Stone Shi n'a pas usé que de sa force de persuasion pour réussir à faire main basse sur le commerce de laine. Il serait passé par l'ambassade chinoise, qui a approché le gouvernement en sa faveur.

Cette intervention aurait poussé ce dernier à «protéger les investisseurs étrangers afin de défendre les interêts nationaux du Lesotho, ainsi que sa réputation en tant que destination d'investissement» –autrement dit, envoyer le signal à la Chine que ses businessmen seront bien reçus.

Les producteurs ne l'entendent en revanche pas de cette oreille. En juin 2019, le Figaro rapportait que plusieurs milliers d'éleveurs et éleveuses avaient manifesté à Maseru, la capitale, pour protester contre le monopole imposé.

Pour la plupart très pauvres, beaucoup se plaignent de retards de paiement ou affirment n'avoir reçu aucun argent de l'entreprise chinoise. Bloomberg raconte que certain·es ont même du se résoudre à manger leurs bêtes pour survivre.

Maseru Dawning explique envoyer la laine en Nouvelle-Zélande pour la tester, avant de vendre les produits en ligne à la clientèle chinoise. Ce n'est que lorsque la transaction est terminée que les producteurs sont payés.

Après la manifestation de juin, l'État lesothan a accepté de repousser le monopole de quelques mois, tout en insistant pour que tout soit vendu localement. Malheureusement, la production du pays n'est pas assez importante pour attirer les acheteurs internationaux, ce qui pousse des bergèr·es à passer leur laine en contrebande.

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