Le grand incendie de Londres de 1666, mais en 2022. | Rowan Freeman via Unsplash
Le grand incendie de Londres de 1666, mais en 2022. | Rowan Freeman via Unsplash

Liz Truss et les chiffres apocalyptiques de l'économie britannique

Semaine horribilis pour la Première ministre.

Liz Truss avait prévenu et les marchés, économistes comme ses propres alliés politiques s'en étaient inquiétés: succédant à Boris Johnson, la nouvelle Première ministre britannique allait fortement secouer la fiscalité du pays pour «turbo-charger» sa croissance flacide.

Dans un exercice irréaliste d'équilibrisme économique lui ayant valu de vertes et rares remontrances du FMI, la conservatrice promettait à la fois de lourdes dépenses pour aider les ménages dans la crise – notamment énergétique–, ainsi que des coupes importantes dans les taxes des plus fortunés (un package de 45 milliards de livres, soit 52 milliards d'euros), financées par la dette publique.

Ça n'a, bien sûr, pas loupé: annoncé la semaine dernière par son «Chancellor of the Exchequer» [l'équivalent de notre ministre des Finances, ndlr] Kwasi Kwarteng, ce que les Travaillistes ont appelé un «budget kamikaze» n'a pas manqué de plonger le Royaume-Uni et l'ensemble de ses marchés dans un indescriptible chaos.

Bloomberg rapporte des propos pas beaucoup plus amènes de la part de Philip Hampton, vétéran de l'économie locale et proche de nombreuses firmes britanniques: «Le nouveau leadership a expliqué qu'il trouverait une forêt vierge entière d'argent magique, et le Parti conservateur l'a soutenu pour la récolte. D'une certaine manière, ce qui s'est passé ne devrait pas constituer une grande surprise.»

Ce qui s'est passé? L'une des pires semaines pour l'économie britannique depuis des décennies, et une avalanche de catastrophes listées par le site américain, avec à chaque fois des chiffres quelque peu effrayants.

Économie vaudoue

Entre les coupes et les dépenses, le coût du mini-budget annoncé par Kwasi Kwarteng était estimé à 160 milliards de livres, soit 182 milliards d'euros. Comment cela pouvait-il être financé, en particulier dans un tel contexte inflationniste?

Personne ne l'a su, pas même la Banque d'Angleterre. «Nous n'avons pas les chiffres, nous ne savons pas si ça peut tenir», a ainsi déclaré Mark Carney, ancien gouverneur de l'institution.

Liz Truss a tardivement mis ces imprévisions sur le compte de simples erreurs de communication et d'un manque de pédagogie, et semble avec Kwasi Kwarteng vouloir revenir sur certaines de ses coupes et décisions les plus critiquées, comme la levée du plafonnement sur les bonus des banquiers ou la fin du «45p rate», taux acquitté par les personnes gagnant plus de 150.000 livres (172.000 euros) par an, sur laquelle un spectaculaire 180° a été annoncé par la paire le 3 octobre.

Pas dupes, les investisseurs et marchés avaient déjà pris peur la semaine passée, et tout a commencé à s'effondrer. Si elle a depuis repris quelques vagues couleurs, la livre sterling a ainsi continué sa longue dégringolade face à un dollar tout-puissant, frôlant une parité que les experts n'écartent plus.

Plus grave encore: le chaos sur le marché boursier et sur celui des obligations ont provoqué, selon les calculs de Bloomberg, l'effacement en quelques jours de 500 milliards de dollars, en valeur, des actifs britanniques.

Malgré une intervention musclée de la Banque d'Angleterre, il y a dans ces mouvements de quoi décrédibiliser sur le long terme l'économie du pays et sa place boursière, autrefois imprenable mais désormais talonnée par Paris.

Autre chiffre avancé par Bloomberg: face à la volatilité extrême des taux d'intérêt sur les marchés financiers britanniques, les grandes banques présentes dans le pays (HSBC, Santander ou Nationwide notamment) ont suspendu un total de 1.690 offres de prêts le temps d'en recalculer les taux, faisant craindre la ruine à de nombreux propriétaires.

«Cet événement fiscal a été un fiasco dangereux», s'est emporté Simon Robertson, ancien de la banque HSBC et homme influent de la place de Londres, comme le rapporte Bloomberg. «J'ai déjà écrit que la politique économique de Liz Truss était de l'économie vaudoue, et elle a prouvé que j'avais raison.»

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