Un drive-through aux États-Unis. | Chet Strange / AFP
Un drive-through aux États-Unis. | Chet Strange / AFP

Le protectionnisme vaccinal peut ruiner les pays riches

L'économie globale ne peut se redresser que si la planète entière reprend le contrôle sur la pandémie.

Le monde ayant été ainsi construit, il est naturel pour les individus de penser aux campagnes de vaccination au niveau de la nation dans laquelle ils évoluent –ce sont elles qui planifient et prennent en charge les inoculations.

En mettant en place dès septembre 2020 le système de solidarité international COVAX (pour «Covid vaccine access»), dont la Chine et les États-Unis sont des absents notables, l'OMS prévenait pourtant déjà: le monde ne pourra s'en sortir qu'en affrontant la crise de manière globale, coordonnée et solidaire.

Les premières semaines de disponibilité des vaccins semblent donner raison à ces craintes de repli national. Les pays riches, qui ont en grande partie financé la recherche et peuvent y mettre le prix, ont mis la main sur les premiers stocks de sérums, issus de chaînes de production peinant logiquement à faire face à une demande planétaire et immédiate.

Entre les programmes de soutien économique et les pertes de revenus fiscaux, chaque jour de retard dans la vaccination des populations pèse lourd sur des économies partiellement à l'arrêt. Dans le cas de l'Union européenne, le désastreux embrouillamini vaccinal initial coûte, selon Bloomberg, 12 milliards d'euros par semaine aux pays de la zone: c'est abyssal.

Les États-Unis, le Royaume-Uni ou Israël, qui ont réagi plus vite et plus fort, semblent mieux lotis pour bénéficier du rebond à venir: la croissance pourrait, si tout se passe bien, atteindre 5,1% aux États-Unis en 2021.

Mais le conditionnel est à souligner. Car là aussi, il s'agit d'une vision nationale des systèmes économiques globaux, et nombre d'économistes soulignent qu'une vaccination partielle de la population mondiale coûterait très cher à la planète dans son ensemble, pays riches (et vaccinés) inclus.

Faillite morale, faillite économique

Comme l'explique Bloomberg, si seules les nations occidentales ou riches se sortent de l'ornière et laissent le reste du monde se débattre avec la pandémie, elles font porter à leurs populations le risque de la multiplication de variants incontrôlables, qui pourraient faire revenir la planète un an en arrière.

Mais le danger est également économique, grave, et double. D'un côté, elles pourraient faire face à un trou béant dans leurs carnets de commandes, les pays en voie de développement étant aussi clients de leurs productions.

De l'autre, des problèmes d'approvisionnement freineraient leur rebond. Le phénomène s'est déjà produit au début de la pandémie, avant que la Chine ne parvienne à maîtriser le chaos et à relancer son économie, et l'actuelle pénurie mondiale de processeurs poussant de nombreux constructeurs automobiles à stopper leurs chaînes est une bonne illustration de ce qui se passe lorsqu'un système se grippe.

Les chiffres cités par Bloomberg donnent le vertige. Selon une étude de la Chambre de commerce internationale, le coût du nationalisme vaccinal pourrait, pour les économies dites «avancées», atteindre 7.600 milliards d'euros.

Dans un rapport publié en décembre, la RAND Corporation estimait quant à elle que ce protectionnisme pourrait coûter près de 100 milliards d'euros annuellement aux économies des pays riches, un chiffre à comparer aux 20 milliards que coûterait la fourniture de vaccins aux pays moins fortunés.

Pour comparaison, les dépenses annuelles nettes de l'État français se sont élevées à 338 milliards d'euros en 2019 (avant l'irruption de la pandémie) et la loi de finances pour 2021 prévoit un déficit public de 173,3 milliards d'euros.

«La pandémie n'est contrôlée nulle part si elle n'est pas contrôlée partout», ont ainsi résumé les économistes du Peterson Institute for International Economics, un think tank américain.

Le risque n'est donc pas seulement celui d'une «faillite morale catastrophique», comme s'en inquiète l'OMS. Il est également comptable et financier: un argument qui, sans doute, peut peser lourd dans la balance des politiques publiques.

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