Spéculer sur une plante, c'est aussi prendre le risque qu'elle meure. | Caleb George via Unsplash
Spéculer sur une plante, c'est aussi prendre le risque qu'elle meure. | Caleb George via Unsplash

L'étonnante bulle spéculative des plantes vertes d'intérieur

Le confinement a fait flamber leur prix, alimentant spéculation et contrebande. Une nouvelle tulipomanie?

Les bulbes de tulipes furent, au XVIIe siècle, à l'origine de l'un des premiers krachs boursiers de l'histoire, connu sous le nom de tulipomanie. 2020 marque le retour d'une bulle botanique, cette fois plus généralement autour des plantes vertes. Le confinement n'a pas seulement profité à la cuisine maison et aux jeux de société: il a aussi marqué un fort regain d'intérêt pour la culture des plantes d'intérieur.

En conséquence, les prix s'envolent. Aux Philippines, par exemple, les plantes communes telles que les caladiums, les hévéas et les fougères se vendent dans les pépinières 35% à 40% plus cher qu'avant l'épidémie de Covid-19, rapporte Bloomberg.

Un Monstera Deliciosa mature, une plante d'ornement, se négocie aujourd'hui au moins 3.000 pesos [53 euros], contre 800 pesos [14 euros] auparavant. La Deliciosa Albo, une variété rare, se négocierait même jusqu'à 7.000 pesos [123 euros] par feuille.

Ce boum donne des idées aux novices. «Beaucoup de gens se sont retrouvés sans rien à faire durant le confinement et ont commencé à cultiver des plantes», témoigne Ricky Santiago, un revendeur basé à Manille.

«Hors de contrôle»

En Italie, Marvin Braceros, propriétaire d'un restaurant à Milan, s'est reconverti dans la culture des plantes d'intérieur alors que son établissement est fermé. Et il n'est pas le seul à profiter de cet engouement sans précédent. Des petits malins n'hésitent plus à spéculer sur la verdure comme sur une vulgaire action Apple, confirme le Wall Street Journal.

«C'est mieux que le marché boursier», se réjouit Jerry Garcia, un mécanicien de 27 ans vivant à San Diego, en Californie. Il s'est lancé ces derniers mois dans la culture de plantes tropicales et a déjà réalisé de jolis retours sur investissement. «J'ai acheté tout un tas de plantes quand elles avaient un prix à deux chiffres, et maintenant elles sont à quatre chiffres», se félicite cet amateur.

Il faut dire que les pros du secteur sont débordé·es. Pour la fête du travail aux États-Unis (le 7 septembre), Enid Offolter, qui cultive des plantes tropicales en Floride, a ainsi écoulé un stock de plantes rares en moins de sept minutes sur internet. Récemment, un Monstera Adansonii s'est vendu à 3.500 dollars [3.000 euros]. «Cela n'a plus aucun sens. Ça devient hors de contrôle», s'inquiète cette pépiniériste.

Malheureusement, ce juteux marché alimente aussi le vol. Plusieurs collectionneurs et collectionneuses ont dû installer des caméras de vidéosurveillance pour protéger leurs plantes vertes.

Aux Philippines, les trafiquant·es arrachent dans la nature des espèces protégées comme les plantes carnivores ou le Pemphis acidula (très prisé comme bonsaï) pour les revendre au marché noir.

Ce n'est pas le seul problème. Une plante verte n'est pas comme une œuvre d'art: elle peut mourir, ce qui en fait un actif particulièrement risqué.

Dans le Wall Street Journal, une collectionneuse raconte ainsi avoir payé 500 dollars pour une vulgaire bouture sans fleur avec une minuscule racine d'une variété très recherchée. «J'ai pris le risque. Si elle meurt, c'est 500 dollars qui s'envolent. Mais si elle survit, c'est 2.000 dollars dans ma poche.»

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