Le siège de la Banque centrale russe à Moscou, le 19 mars 2021. | Kirill Kudryavtsev / AFP

Le siège de la Banque centrale russe à Moscou, le 19 mars 2021. | Kirill Kudryavtsev / AFP

En Russie, le spectre imminent du défaut de paiement et de la contagion

Moscou ne peut plus payer ses dettes –ou alors en roubles.

Ce mercredi 16 mars, la Russie fait face à sa plus grande échéance économique depuis son invasion de l'Ukraine, le 24 février. L'État russe, dont la solidité de la dette souveraine ne cesse d'être dégradée par les grandes agences de notation, doit payer aux propriétaires d'obligations sur sa dette des intérêts de 117 millions de dollars (106,4 millions d'euros).

Si une telle somme ne semble pas énorme pour Moscou, le pays ne peut plus payer en dollars du fait des sanctions internationales imposées à la suite de l'invasion de l'Ukraine. L'État russe a donc promis que les paiements seraient effectués en temps et en heure, mais en roubles.

La Russie n'a normalement pas le droit d'utiliser sa devise locale pour effectuer ce paiement, d'autant que le rouble est en chute libre depuis l'invasion. Bien que Moscou ne soit pas de cet avis et accuse les pays occidentaux d'orchestrer une faillite artificielle, la Fédération de Russie pourrait bel et bien entrer en défaut de paiement.

Si c'est le cas, il est accordé une période de trente jours afin de se mettre en règle, soit jusqu'au 15 avril. Passée cette date, si le gouvernement n'a pas remédié au problème, le pays risque d'être exclu des marchés financiers et sera donc incapable d'emprunter.

Contagion

Normalement, cette situation devrait activer les «credit default swap» (CDS), sorte d'assurances contre le défaut de paiement. Pour la dette russe, ces CDS représentent près de six milliards de dollars. Seulement, le fait que le défaut soit causé par un paiement via la mauvaise devise fait planer le doute sur le déclenchement ou non des CDS.

Il y a quelques semaines seulement, la dette russe était considérée comme un bon investissement. Elle est donc présente dans une large variété de portfolios.

«Ce serait un défaut de paiement monumental, explique à Bloomberg un analyste du cabinet de conseil financier Greylock Capital. En termes de dollars, ce serait le plus important depuis celui de l'Argentine, et en termes d'impact global sur le marché, de la Russie en 1998.»

Si telle crise advenait, elle pourrait de surcroît être aggravée par un problème identique mais concernant cette fois les entreprises privées russes. Plusieurs d'entre elles, dont les géants Gazprom et Sibur, vont elles aussi bientôt devoir payer des dividendes. Or, elles non plus n'ont pas accès aux dollars.

Pour ne rien arranger, explique Bloomberg, la condamnation quasi-unanime de l'invasion de l'Ukraine pourrait pousser les financiers à être particulièrement intransigeants avec la Russie, de plus en plus isolée sur la scène économique mondiale, coupée de la plupart des instances internationales pouvant se révéler vitales à ses intérêts à court terme.

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