Un seul couvercle vous manque et tout est compliqué. | Oziel Gómez via Unsplash
Un seul couvercle vous manque et tout est compliqué. | Oziel Gómez via Unsplash

À Istanbul, la pénurie de couvercles de bocaux trahit l'ampleur de la crise

Dans un contexte d'inflation galopante, les Stambouliotes s'en remettent massivement aux conserves faites maison.

Malmené·es par la crise économique que traverse la Turquie, les Stambouliotes prennent leurs précautions face à un avenir plus qu'incertain. L'un des signes de cette confiance en berne est l'étrange phénomène qui frappe les bazars de la ville, raconté par Bloomberg.

Il touche un produit a priori insignifiant mais qui, dans les circonstances actuelles, dit beaucoup de choses sur l'état du pays: les couvercles des bocaux.

En Turquie, conserves et pickles faits maison sont une vieille tradition, qui permet de faire durer les récoltes estivales et d'anticiper la traditionnelle hausse du prix des fruits et légumes à l'arrivée du froid. Mais les commerces observent ces derniers temps que les bocaux se vendent à un rythme beaucoup plus soutenu qu'à l'ordinaire.

Sur les étals, il manque souvent l'essentiel: le couvercle, que beaucoup volent, que d'autres doivent racheter en masse et qui est devenu un objet de marché noir. «On doit en vendre 5.000 par jour, explique à Bloomberg, en ne plaisantant qu'à moitié, un commerçant du district de Güngören. Les gens se les arrachent.»

Crise, débrouille et recyclage

Les Stambouliotes –mais cette crise des couvercles ne touche pas que l'ancienne Byzance– sont frappé·es de plein fouet par la tempête économique que le gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan ne parvient pas à calmer.

Crise monétaire et chute du cours de la livre turque sans précédent, chômage à près de 15 % et inflation terrible forcent la population turque, en particulier sa frange la plus fragile, à repenser sa consommation.

En septembre 2018, l'inflation sur un an avait atteint plus de 24 %. Les consommateurs et consommatrices ont surtout été douloureusement marquées par le renchérissement des fruits et légumes au printemps 2019: leurs prix ont bondi de 73 % en avril, relève Bloomberg.

La Turquie entre donc, de force, dans une économie de débrouille et de recyclage. Ses habitant·es recourent en masse à la mise en conserve et utilisent à cette fin de vieux bocaux, dont le couvercle a souvent été jeté lors d'une époque plus insouciante.

Aujourd'hui, l'objet est en rupture de stock. «Les commerçants font la queue dès l'aube chez les grossistes pour trouver des couvercles», confie l'un d'entre eux, Ali Bayram. Arzu Zen, qui fabrique du concentré de tomate en boîte dans la région de Çanakkale, sent son business fléchir: «C'est comme si tout le monde se mettait à faire ses propres conserves.»

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