Fierté nationale, la pistache iranienne est bien mal en point. | Behrouz Mehri / AFP
Fierté nationale, la pistache iranienne est bien mal en point. | Behrouz Mehri / AFP

Entre Washington et Téhéran, la guerre de la pistache fait rage

Plus feutrée que les échanges de tirs et les assassinats ciblés, une tout autre bataille se joue.

Autrefois, l'Iran était le leader incontesté de la pistache. Mais les sanctions américaines, le changement climatique ainsi que les problèmes économiques et hydriques ont eu raison de sa suprématie, rapporte Bloomberg. Les producteurs américains se sont engouffrés dans la brèche.

Pendant un millénaire, la Perse a joui d'un quasi-monopole sur la culture du pistachier. Les exportations se sont développées après l'hégire, en 622. Lors de la révolution islamique de 1979, les nouveaux maîtres de l'Iran se sont engagés à donner aux producteurs de pistaches un meilleur accès à l'eau et à la terre, modernisant effectivement les systèmes d'irrigation. La production a explosé, même durant la meurtrière guerre Iran-Irak (1980-1988).

Les Américains n'ont commencé à cultiver le pistachier qu'en 1976. Entre 2004 et 2009, l'Iran représentait encore 40% de la production mondiale, contre 33% pour les États-Unis. Mais la tendance s'est inversée. Entre 2014 et 2019, Washington représentait 47% du total, alors que Téhéran était descendu à 27%. L'Iran a touché le fond en 2018-2019, avec une part de marché à 7%.

Sanctions à la noix

Un coup dur pour le pays, où les pistaches –qui pesaient autrefois un milliard de dollars d'exportations– figurent dans de nombreuses recettes et constituent une source de fierté patriotique. Désormais, des plantations entières sont laissées à l'abandon.

Les producteurs de pistaches sont à présent en quête de contrées vierges où faire pousser leurs arbres: Géorgie, un marché potentiel de 4,5 milliards de dollars, Ouzbékistan, Azerbaïdjan...

La Chine, l'Espagne et l'Australie développent aussi leur production. Des géants du secteur comme Besana se tournent vers le Kazakhstan, la Roumanie et l'Ukraine. Ces nouveaux arrivants représenteraient 10 à 15% du rendement mondial.

Depuis la révolution islamique, Washington alterne entre la taxation punitive et l'embargo total sur les pistaches iraniennes, notamment sous la pression de ses producteurs californiens.

Les autres sanctions économiques limitent les possibilités d'investissements. Après l'amélioration qui a suivi l'accord de 2015 sur le nucléaire, l'administration Trump a de nouveau frappé Téhéran au portefeuille, provoquant une dévaluation du rial et renchérissant les exportations.

Le changement climatique (hivers trop doux et étés trop chauds) et la mauvaise gestion des ressources en eau ont été le dernier clou dans le cercueil des pistaches made in Iran.

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