Adam Neumann, cofondateur et PDG de WeWork, lors d'une conférence à San Francisco en mai 2018. | Kelly Sullivan / AFP
Adam Neumann, cofondateur et PDG de WeWork, lors d'une conférence à San Francisco en mai 2018. | Kelly Sullivan / AFP

Comment faire disparaître 30 milliards de dollars en huit mois? Faites comme WeWork

Face à la dégradation de sa valorisation, la start-up spécialisée dans le coworking a dû repousser son introduction en Bourse.

WeWork avait tout pour réussir. Lancée en 2010, l'entreprise new-yorkaise, qui sous-loue des espaces de coworking à travers le monde, fait partie du club très fermé des licornes, ces start-ups valorisées à plus d'un milliard de dollars.

Point d'orgue de son ascension fulgurante, l'introduction en Bourse (IPO) de WeWork devait être célébrée en ce mois de septembre 2019. Pressée par son actionnaire principal, l'entreprise –désormais nommée «We»– a pourtant annoncé le 16 septembre annuler l'évènement pour le remettre à plus tard dans l'année.

Ce revirement de dernière minute a été causé par la peur d'une perte de valeur drastique. Alors que l'entreprise a été capitalisée à hauteur de 47 milliards de dollars en janvier dernier, le montant risquait avec l'IPO de tomber entre 10 et 20 milliards, selon les sources.

PDG controversé

Cette chute brutale est en partie dû au comportement de son cofondateur et PDG Adam Neumann. Ce personnage haut en couleur, connu pour boire des shots de tequila en réunion, a quasiment les pleins pouvoirs sur la start-up.

Neumann aurait empoché quelque 700 millions de dollars en se séparant d'une partie de ses actions WeWork –pas vraiment un gage de confiance ni de saine gestion, d'autant que les documents de l'IPO ont dévoilé que l'entrepreneur est propriétaire de plusieurs bâtiments loués par son entreprise.

Pour rassurer les investisseurs, WeWork a réduit son nombre de voix au conseil d'administration, l'empêchera de vendre ses actions dans l'année suivant l'introduction de We en Bourse et s'est réservée le droit de le remplacer.

Précédent Uber

Autre problème, et non des moindres, le business model de We n'a pas fait ses preuves. En 2018, la société a enregistré un chiffre d'affaires de 1,8 milliard de dollars, une somme insuffisante pour contrebalancer ses pertes de 1,9 milliard de dollars; en 2019, ce déficit devrait encore se creuser.

We propose un modèle très flexible à sa clientèle, sans bénéficier en contrepartie de la même souplesse de la part des propriétaires à qui elle loue les locaux. Si le nombre de locataires diminuait d'un coup ou que la demande pour des lieux plus petits augmentait à cause d'une recession économique, l'entreprise pourrait être en grave difficulté.

WeWork a beau promettre que sa mission est «d'élever la conscience du monde», selon son mantra officiel, il est difficile de saisir pourquoi une entreprise qui ne fait finalement que louer des bureaux est si bien cotée. Apparemment, les investisseurs portentiels se posent la même question.

Ces problèmes ne sont pas exclusifs à We: Uber non plus n'est pas rentable. C'est peut-être d'ailleurs l'expérience du service de VTC qui a échaudé la Bourse, puisque la start-up, malgré des promesses mirobolantes, avait réalisé en mai 2019 une IPO en demi-teinte.

De là à y voir un signe de lassitude envers les licornes, qui prétendent sans cesse tout réinventer sans fournir de résultats concrets, il n'y a qu'un pas.

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